-

Quelle stratégie privilégier sur les obligations ?

en partenariat avec Les Echos

Les obligations des Etats développés ne rapportent plus rien. Pour engranger de la performance sur les titres d'emprunt, tournez-vous (modérément) vers les obligations à haut rendement (« high yield) ou celles émises par les Etats émergents.

Les obligations représentent la base de tout portefeuille et chez les bons pères de famille elles constituent un matelas important, de 20 % au moins des placements. Avec la crise de 2008, ce marché a été quelque peu chahuté avec des obligations d'Etat assez rémunératrices et surtout des obligations d'entreprises très performantes. Mais les choses sont en train de se normaliser.

 

 

1. Les obligations des Etats développés


Les obligations d'Etat sont à nouveau à leur niveau plancher et ne rapportent plus grand-chose. Les coupons de 4 % seront très difficiles à trouver. Depuis quelques jours, la France émet à nouveau des OAT à 10 ans à un taux supérieur à 3 %. « Nous déconseillons aujourd'hui cet investissement aux particuliers, car le risque de moins-value nous paraît très supérieur au potentiel de gain », dit Philippe-Michel Labrosse, PDG de W Finance, une société de gestion de patrimoine filiale d'Allianz.

 

La catégorie Morningstar des fonds d'obligations d'Etats européens a réalisé une performance de 3,92 % en 2009, mais recule à 1,6 % sur les onze premiers mois de l'année. « Nous préférons limiter le recours à cette classe d'actifs dans les pays développés, car le potentiel de performance est limité sur les taux actuels et le risque reste présent en 2011 », explique pour sa part Philippe Nahum, directeur général de B*capital. Il est de deux ordres. La remontée des taux en premier lieu, modéré à court terme, mais tout à fait à l'ordre du jour à plus long terme, qui ferait perdre de la valeur aux obligations émises à des taux plus faibles.

 

Et le danger d'érosion monétaire en deuxième lieu. « Même si vous êtes intégralement remboursé de votre mise au terme, qui peut dire comment va évoluer l'inflation sur les cinq ou dix prochaines années ? Vous aurez certes récupéré votre capital, mais si l'inflation repart à long terme, vous aurez, au final, perdu de l'argent », confirme Cyril Lureau, directeur général d'Avenir Finance.

 

Néanmoins, les obligations d'Etat forment la base d'un portefeuille obligataire et restent les produits les plus sûrs en cas de gros choc, comme les attentats du 11 Septembre par exemple. C'est également l'une des seules catégories qui a affiché des retours positifs pendant la crise de 2008.

 

 

2. Les obligations des pays émergents


« Les obligations des pays émergents en monnaie forte affichent un rendement annuel d'environ 5,3 %, tandis que pour le papier en devises locales, les rendements sont de 6,2 % », explique ING Investment Management dans sa note de novembre. Brésil, Colombie, Pérou… C'est effectivement un bon moyen d'améliorer le rendement de son portefeuille obligataire. « Le mieux est d'investir dans les obligations émergentes émises en monnaies locales, lesquelles ont de grandes chances de s'apprécier par rapport à l'euro ou au dollar. Non seulement on encaisse un coupon plus élevé que sur les pays de l'OCDE, mais encore on gagne sur le prix de l'obligation si elle est recherchée et enfin, sur la devise si elle s'apprécie », explique Alexis Bienvenu, analyste OPCVM chez Primonial AM.

 

 

3. Les obligations d'entreprise ou « corporate »


Le plus gros rally a eu lieu en 2009, quand les entreprises n'avaient d'autre choix pour se financer que d'emprunter sur les marchés, mais cette période est révolue et il ne faut pas s'attendre à des performances à deux chiffres en 2011. Les fonds de cette catégorie ont en effet progressé de 16,6 % en 2009, selon Morningstar, mais sur les onze premiers mois de l'année 2010, ils sont revenus à un plus modeste 4,5 %.

 

Depuis mars 2009 et la fin de la crise des liquidités, les taux ont tendance à baisser et ils ne sont désormais plus très attractifs. « Il existe encore des opportunités avec des émissions offrant des taux supérieurs à 5 %. Cette tendance devrait persister, mais il faut être sélectif », dit Philippe-Michel Labrosse. Mais pour le particulier investisseur, ces produits seront difficiles à repérer.

 

 

4.Les obligations à haut rendement


Il s'agit de prêter de l'argent à des entreprises moins bien notées (toutes celles qui sont dans la catégorie BB+ et en dessous) et qui risquent davantage de faire faillite. Ici, le risque de défaut est plus important que le risque de crédit (remontée des taux). Avec les difficultés de financement consécutives à la crise de 2008, ces entreprises ont eu massivement recours à l'emprunt, avec des rémunérations très attrayantes. La catégorie Morningstar « obligations à haut rendement Europe » a affiché une performance de près de 54 % en 2009 (53,8 %) et se porte toujours bien sur les onze premiers mois de l'année, avec 11,4 %. « En 2011, cette catégorie ne devrait pas rapporter plus de 10 %, mais elle a de bonnes chances de se retrouver entre 6 % et 9 % », anticipe Eric Pictet, directeur France de Muzinich & Co, une société américaine spécialisée sur ce segment de marché.

 

Quant au risque de banqueroute des entreprises concernées, « il a été de 1 % à 1,5 % en 2010 et devrait s'établir autour de 2 % en 2011, soit des risques bien inférieurs au taux de défaut historique moyen de 4,5 % », selon Eric Pictet. Quid en cas de hausse des taux ? Soit ils remontent parce que les agents économiques font le pari de la reprise et le secteur des obligations à haut rendement ne souffrira pas, soit les taux remontent parce qu'il y a une défiance générale et là, les obligations « high yield » seront parmi les premières à prendre le bouillon…

 

 

Bon à savoir


Les obligations d'Etat. Si vous en avez déjà en portefeuille, ce n'est pas le moment de vous renforcer. Mais, si vous en êtes dépourvu, il est recommandé d'en avoir un peu dans le cadre d'une approche patrimoniale diversifiée. Les obligations étant rarement accessibles en direct, investissez via un ou plusieurs fonds. Pour les choisir, reportez-vous comme toujours aux performances à moyen terme du gérant et, surtout, vérifiez comment il a traversé les périodes de crise. Enfin, dans la configuration actuelle, avec les tensions sur les risques souverains, veillez à sélectionner des gérants qui prennent en compte le risque pays. Ceux qui ont connu l'avant-euro, les gérants seniors donc, ont davantage l'habitude de jouer un pays contre un autre.

 

Les obligations de pays émergents. C'est un secteur très compliqué à appréhender pour le particulier, qui n'a en l'occurrence pas d'autre choix que de se tourner vers des OPCVM, ce marché étant exclusivement réservé aux professionnels. Choisissez plusieurs fonds spécialisées et n'y investissez pas plus de 5 % de vos actifs financiers.

 

Les obligations d'entreprise. Comme pour les obligations d'Etat, si vous en avez déjà en portefeuille, ce n'est pas le bon moment pour vous renforcer, sinon, faites confiance à un ou plusieurs gérants.

 

Les obligations à haut rendement. N'y investissez pas plus de 5 % de vos avoirs. Comme les obligations des pays émergents, les obligations « high yield » sont un marché de professionnels. Les particuliers n'y ont accès que via des fonds spécialisés. Pour sélectionner votre ou vos fonds (il est toujours préférable de diversifier, même à l'intérieur de cette catégorie étroite), vérifiez la moyenne des signatures des entreprises choisies par le fonds. Mieux elles sont notées, mieux c'est. Sous B ou BB, le risque de défaut est plus grand. Vérifier également le nombre d'entreprises choisies (« le nombre de lignes du fonds », disent les professionnels), à moins de 50 entreprises différentes, c'est à nouveau trop risqué : plus elles sont nombreuses, plus le risque de défaut de l'une d'elles sera amorti.

Mireille WEINBERG