Les fonds « grandes valeurs » ont donné des résultats mitigés sur un an. Pourtant, la liberté de gestion offerte aux OPCVM les plus opportunistes aurait dû promettre aux épargnants des résultats plus convaincants.
Après un cru 2009 exceptionnel, le CAC 40 est aujourd'hui à la peine. Depuis le début de l'année et au 31 août, il baisse de 9,1%, ce qui porte sa performance à une perte de 1,4% sur un an. Pas de quoi se réjouir d'autant que sur trois ou cinq ans, l'indice reste solidement ancré dans le rouge : - 31,2% et - 6,4 %. Résultat, l'heure est aussi au désenchantement côté gestion collective, avec une perte moyenne à trois et cinq ans de - 28,2% et - 7,4% pour les OPCVM actions France grandes capitalisations, listés par Morningstar.
Et sur un an, toujours arrêté au 31 août, le bilan ne présage rien d'exceptionnel. La baisse moyenne atteint, en effet 0,1% pour les 173 fonds de la catégorie. Quoi qu'il en soit, les piètres performances boursières du CAC 40 n'ont pas touché le particulier de manière égale. Plus grave, l'adage boursier selon lequel le risque actions diminue avec l'horizon, devient sujet à caution. Pour preuve, si 36% de fonds dépassent la ligne de flottaison au 31 août sur un an, ils ne sont plus que 16% sur cinq ans. La patience, mythe fondateur de la gestion collective, n'est plus forcément bonne conseillère pour l'épargnant !
Un fonds peut en cacher un autre
Le classement édité par Morning-star est d'une grande disparité. A la gestion quantitative de Tobam antibenchmark France (10,2%) s'oppose celle, active, d'UFF actions France (8,8%). Aux valeurs décotées d'Aesope Actions françaises ( 8,9 %) répondent les sociétés familiales d'Oddo Génération (12%). Enfin, à la démarche actionnariale d'AAZ Spécial (13,4%) se détache de celle, fondamentale, des autres. Pourtant un point commun existe : nombre de gérants ont fait des infidélités à leur univers grandes capitalisations en privilégiant stratégiquement les valeurs moyennes.
Exemple, AAZ Spécial, qui se réfère au CAC 40, ne détient actuellement que 25 % de grandes valeurs. UFF actions France suit, lui, le SBF 250. En d'autres termes, un fonds peut en cacher un autre… plus orienté vers les valeurs moyennes que sur les grandes. Piloté depuis 2005 par Francis Berthelin, le fonds AAZ spécial favorise une approche contrariante, des convictions fortes et l'or (16 %), « la seule vraie diversification ». Son dada ? Les « valeurs Dutreil » c'est-à-dire celles pour lesquelles un pacte d'actionnaires a été signé. « D'ici à 2011-2012, nombre de ces accords vont venir à échéance et les OPA reviendront alors en force », souligne le gérant qui cite Guyenne et Gascogne ou Fromageries Bel. Plus original, il téléphone souvent avant d'investir à Colette Neuville, présidente de l'Adam, qui lui livre les derniers sujets chauds. Elle est « mon filtre négatif », ironise-t-il.
Un portefeuille diversifié
Tobam antibenchmark France n'a pas de gérant et s'appuie sur son propre modèle de gestion quantitative. « Le FCP évite les paris au profit de la diversification », explique Yves Schoueifaty, en l'espèce, détenir peu de financières a été porteur, malgré un CAC 40 qui y est très exposé.
Investissant sur le thème des sociétés exclusivement familiales, le fonds Oddo Génération élabore un portefeuille diversifié d'une cinquantaine de lignes, où les « blue chips » (L'Oréal, Carrefour, Michelin) côtoient des plus petites. Malgré « la complexité du marché », Aesope actions françaises a favorisé les sociétés ayant un rapport capitalisation boursière sur bénéfice net faible (PER) - le PER informe de la qualité d'une société et sur la manière dont le marché la perçoit -, peu d'endettement, ainsi qu'« un management crédible et discret ».
Vigilance sur les frais
Bénéficiant de sa réactivité, la gestion a su aussi saisir les opportunités formées par sa forte exposition aux valeurs de taille moyenne. Le pilotage actif d'UFF actions France a donné de bons résultats. Attention cependant, lancé en 2008, le FCP dispose d'un historique de performance trop court pour juger de la qualité de sa gestion à moyen terme. Enfin, ses frais de gestion exorbitants (5,75% en 2009) méritent une vigilance particulière. Et si les 3,3% de commissions de mouvement facturées à l'OPCVM soulignent une gestion active, encore faut-il qu'ils ne deviennent pas une rémunération annexe préjudiciable à la performance du FCP.
Blancine BLANC-DURAND