Financer à crédit ses droits à stock-options : de nombreux cadres y ont eu recours en 2007, lorsque la Bourse grimpait sans cesse. Trois ans plus tard, ils éprouvent de grandes difficultés à rembourser leur prêt, et en plus leur portefeuille de titres ne vaut plus grand-chose !
Est-il toujours aussi facile de financer ses stock-options ? La réponse n'est pas claire. Sollicitée plusieurs fois, BNP Paribas ne souhaite pas communiquer sur le sujet. Tandis que LCL répond laconiquement « ne plus faire de financement, faute de demande ». A l'opposé, Vincent Joulia, directeur de la Banque privée et de la gestion de fortune à la Banque Transatlantique, est intarissable. « Nous sommes sollicités tous les jours, se réjouit-il. Le marché est très actif depuis juillet 2009. » Pour cause, la discrète banque privée de l'avenue Franklin-Roosevelt à Paris a fait des stock-options un métier à part entière, où le conseil et le financement sont indissociables de la gestion. De son côté, Alain Caron, responsable en conseil de gestion de patrimoine à la Société Générale, estime même apporter « une aide précieuse en accompagnant l'optionnaire dans le portage de ses actions par la mise en place de financements appropriés et de protection contre la baisse des cours ». Autrement dit, le maniement des stock-options est sensible. Il convient de procéder avec précaution. Ce qui a sans doute manqué dans un passé récent. En effet, l'incertitude des Bourses ne permet en rien de croire que le titre s'envolera pour procurer des gains importants ou qu'au pire, il atteindra simplement le prix d'exercice. En tout cas, ces deux banquiers sont d'accord : les stock-options doivent toujours s'intégrer dans une stratégie patrimoniale globale afin d'en tirer le meilleur parti.
Sécuriser ses gains
Pratiquement, le droit d'exercer des options d'achat d'actions n'est pas un cadeau. Il permet d'acquérir des titres à un tarif préférentiel. Reste néanmoins à les « lever » pour pouvoir engranger la plus-value. Le bénéficiaire qui ne dispose pas des liquidités pour payer cash a le choix entre plusieurs solutions pour financer son acquisition et sécuriser ses gains. Tout d'abord, la levée-cession. En ce cas, les titres sont vendus dès leur levée. L'approche est sécurisante et peu coûteuse. Son inconvénient : elle élimine l'espoir de gains plus importants. En outre, elle ne permet pas de bénéficier de l'adoucissement fiscal obtenu après la période de portage de deux ans, où les plus-values hors prélèvements sociaux (12,1%) sont taxées à 18% jusqu'à 152.500 euros alors que le régime commun de l'impôt les fixe à 30% avant deux ans.
Pour ceux qui reportent la vente, les banques proposent trois formes de prêt. La première consiste à demander sur son compte bancaire une autorisation de découvert. Clairement définie par un contrat, en termes de montant et de taux, cette ligne de crédit personnalisée permet de disposer en permanence d'une somme d'argent remboursable selon les disponibilités financières de l'emprunteur. Les intérêts sont uniquement dus sur les sommes empruntées. De plus, les dividendes perçus pendant le portage des titres servent aussitôt à réduire le découvert qui peut être remboursé à tout moment, par exemple, lorsque le marché permet la cession des titres ou lorsqu'une donation des titres est survenue. « Cette souplesse de fonctionnement explique pourquoi 99 % de nos prêts fonctionnent selon ce schéma », rapporte Vincent Joulia.
La deuxième piste de financement est le prêt amortissable. Là, le salarié emprunte l'intégralité du montant nécessaire à la levée de ses actions et rembourse à échéance constante le capital et les intérêts. Au fur et à mesure de l'avancement du prêt, les intérêts, calculés sur le montant du capital restant dû, vont en diminuant tandis que la part de capital augmente. Il est rarement utilisé parce qu'« il ne correspond pas à un montage fiscal optimal », souligne Alain Caron, qui préconise plutôt la troisième solution, l'avance patrimoniale remboursable in fine. Ici, l'optionnaire ne débourse que les intérêts à échéances constantes pendant la durée du prêt, le capital étant remboursé en une seule fois à la fin du contrat. Ce crédit revient apparemment plus cher à l'emprunteur. Mais il présente l'avantage de pouvoir placer « ailleurs » les sommes qui ne sont pas consacrées au remboursement du capital et (ou) celle d'utiliser le montant du dividende de ses stock-options comme levier de l'opération.
Attention, si le recours au crédit est une solution pratique, il n'en demeure pas moins que la valeur des options levées est soumise aux aléas de marché. Et le gain est aléatoire tant que les actions ne sont pas vendues. Précisément le risque est d'autant plus grand qu'une part substantielle du patrimoine est exposée à un seul titre. Heureusement, des solutions de protection ont été mises en place afin de se prémunir contre la fluctuation des cours. « Elles doivent être même systématiquement conseillées pour les opérations importantes », insiste Vincent Joulia.
La couverture à cours garanti fixe le cours de vente des actions à l'avance. Elle fige et garantit les gains, quel que soit le niveau du titre à l'échéance du montage sans qu'il soit possible à l'actionnaire de profiter d'une évolution haussière de son titre.
La couverture « tunnel » offre la faculté de suivre l'évolution du marché entre deux bornes à la hausse et à la baisse (cours plancher, cours plafond). Cette fourchette de fluctuation qui permet de protéger ses gains et de limiter ses pertes représente la marge de variation que l'actionnaire estime acceptable en termes de rémunération ou de risque.
La couverture cours minimum garanti avec participation à la hausse garantit un cours minimum en dessous de la valeur du titre. Cette formule permet de protéger à la fois les actions contre une baisse du cours au-dessous d'un cours plancher et de conserver un certain pourcentage de la hausse au-delà de ce plancher. Sans frais de mise en place, la formule a pour inconvénient de ne faire profiter que d'une fraction de l'éventuelle hausse du titre par rapport au cours garanti. Enfin, le cours plancher donne l'opportunité de se garantir un cours minimum tout en profitant de la hausse de l'action. Cette couverture est payante, à la différence des trois premières, à prime nulle.
Clause d'arrosage
Enthousiastes il y a quelques années, de nombreuses banques montrent maintenant une certaine frilosité à s'exprimer sur le financement par emprunt des stock-options. Car, dans un contexte boursier incertain, leur pilotage requiert davantage la compétence d'experts que l'avis de commerciaux généralistes. En outre, le recours au crédit est devenu beaucoup plus difficile et les garanties plus exigeantes (nantissement des titres et/ou de l'épargne, hypothèque).
Sous cet aspect, la clause d'arrosage mérite une attention particulière. S'agissant d'une protection que la banque s'octroie pour elle- même, cette disposition oblige l'optionnaire à procéder à des versements complémentaires de telle sorte que le capital formé par le montant de ses stock-options soit toujours au moins égal au montant de la créance garantie. Une épée de Damoclès redoutable au-dessus de la tête de l'optionnaire qui nécessite aussi bien d'être prudent que d'être bien entouré !
Blandine BLANC-DURAND