Le rendement des fonds en euros baisse

Les performances des placements des assureurs sont en berne. Les obligations, l'essentiel des actifs, sont à leur niveau plancher et la poche actions tjrs dans le rouge, ne renversera pas la tendance.

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Le placement préféré des Français a attiré 92 milliards d'euros de versements de janvier à juillet 2010, soit 10% de mieux qu'à fin juillet 2009. L'engouement pour les fonds en euros ne se dément pas : ils totalisent 87% de cette collecte. Pourtant, la performance de ces supports s'étiole inexorablement. Fin 2008, ils rémunéraient encore à 4% en moyenne votre épargne. Mais le cru 2010 devrait tomber aux environs de 3,5% contre 3,7% fin 2009. "Tous les facteurs d'évolution des rendements des actifs des assureurs vont dans le même sens, celui de la baisse", renchérit Guillaume Leroy, actuaire associé chez Winter et Associés.

Les obligations juteuses arrivent à terme

Pourquoi cette érosion ? Le principal facteur d'explication tient à la moindre rentabilité des placements réalisés par les compagnies. Elle s'amenuise par l'effet du remplacement d'obligations anciennes au rendement élevé arrivées à échéance par des titres plus récents et nettement moins rentables. Or les obligations constituent pas moins de 80 % des placements effectués des assureurs-vie, la moitié en titres émis par les États et l'autre par des entreprises privées.

Exemple : en 2000, l'emprunt d'État à échéance de 10 ans (OAT) garantissait à ses acheteurs des coupons à 5,5% tous les ans. Hélas, en 2010, ces obligations juteuses arrivent à terme et les assureurs ne trouvent plus d'équivalent sur le marché. Le coupon servi par l'OAT actuelle n'est plus que de 2,59% début septembre 2010, soit un plus bas historique ! Et les taux de rendement pratiqués par certaines entreprises l'an dernier, qui avaient pu atteindre jusqu'à 9% sont revenus à une situation beaucoup plus normale, avec des rémunérations supérieures d'à peine 1% à celles des obligations d'État. Deuxième facteur : la mauvaise année boursière. "Les actifs des compagnies comptent entre 5 % et 10 % d'actions, mais il n'y a pas de miracle à attendre de ce côté, la performance des actions est négative depuis janvier", ajoute Guillaume Leroy. Bref, sur les deux principales catégories d'actifs détenus par les compagnies, les clignotants sont au rouge.

Des disparités importantes entre les compagnies

En termes de rendement réel, hors inflation, on peut tabler sur 1,8% en 2010 (voir tableau). Mais, derrière la moyenne globale du marché se cachent des disparités importantes entre compagnies, les rendements nets pour 2009 faisaient le grand écart entre 3% et 5,01%. Alors, malgré le contexte défavorable, un assuré astucieux pourra obtenir une rémunération attrayante grâce à un fonds en euros de qualité. Faut-il pour autant succomber au "petit" fonds en euros à forte rémunération ou vaut-il mieux miser sur un fonds plus ancien qui a déjà fait ses preuves et bénéficie de réserves pour améliorer le rendement si besoin ?

Rien ne vous empêche de souscrire les deux, quitte à basculer par la suite tout ou partie de votre épargne vers le plus offrant, car tout dépendra de l'évolution des taux d'intérêt, que certains voient remonter d'ici à deux ans. "En cas de remontée des taux, un fonds de petite taille profitera mieux de l'effet qu'un gros", affirme Pascal Vétu, président du courtier Nortia. Bien sûr, c'est l'inverse si les taux obligataires restent très bas, les fonds plus importants ayant les moyens d'amortir la baisse, grâce aux obligations plus anciennes détenues en portefeuille.

Les mutuelles professionnelles se démarquent

Une chose est sûre, "il ne faut pas souscrire un contrat sur le seul fondement du taux servi l'année passée, mais plutôt sur sa performance sur longue période", conseille Guillaume Leroy. C'est le cas des produits gérés de longue date par des associations d'épargnants (Afer, Agipi, Gaipare, Asac-Fapès). Les mutuelles professionnelles se démarquent aussi par la qualité et la régularité des rendements servis à leurs sociétaires (MACSF pour le corps médical, SMABTP et SAF BTP, pour le bâtiment, AGPM pour les militaires, entre autres). L'avantage de ces établissements est qu'ils distribuent le même taux à tous les assurés, même si le contrat n'est plus distribué.

Vittoria DE BAGNOLO