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Ces valeurs défensives qui défient la morosité

Les investisseurs doutent de la solidité de la reprise et favorisent les titres défensifs. Ils privilégient les secteurs de la santé, de l'agroalimentaire et des biens de consommation.

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Sauvetage de Chypre, instabilité politique en Italie… Les derniers soubresauts de la crise de la zone euro ont changé la donne sur les Bourses européennes.

Les valeurs financières, qui avaient amplement bénéficié de l'« effet Draghi », c'est-à-dire de la certitude que la Banque centrale européenne (BCE) ferait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver l'euro, ne sont plus les moteurs du marché. Au contraire. Alors que les trois grandes banques et Axa figuraient parmi les 10 meilleures performances du CAC entre le 1 er juin 2012 et le 14 mars 2013, elles sont désormais à la traîne. Depuis la crise chypriote, Crédit Agricole et Société Générale font même partie des 10 plus fortes baisses de l'indice.

A l'inverse, comme partout dans le monde, les valeurs dites « défensives » sont plébiscitées par les investisseurs. En France, c'est l'action EADS qui a pris la tête des hausses du CAC 40 (+ 33,5 %) depuis le début de l'année. « Le carnet de commandes d'EADS offre une visibilité incomparable », commente Fabrice Théveneau, responsable de la recherche actions à la Société Générale. Alors que les investisseurs boudent toujours les valeurs cycliques, les secteurs de la santé et des biens de consommation affichent des performances extrêmement solides.

Quatre caractéristiques

« Les investisseurs apprécient particulièrement les valeurs qui cumulent quatre caractéristiques : une exposition à la croissance mondiale, une large gamme de produits, une capacité à fixer les prix et une capacité à verser des dividendes réguliers », explique François Duhen, responsable de la recherche dédiée chez CM-CIC. Ainsi, depuis le début de l'année, Pernod Ricard a gagné 9 %, Danone s'est adjugé 17 % et L'Oréal a avancé de plus de 19 %.

« En fait, cet appétit pour les valeurs défensives de croissance s'observe depuis un an et il a juste été masqué au second semestre 2012 par le rebond des valeurs financières », explique Pierre Sabatier chez PrimeView.

Une fois la prime de risque sur les banques corrigée, les investisseurs sont revenus sur ces valeurs à la visibilité élevée. Pour Pierre Sabatier, « il s'agit d'un choix assez classique dans un environnement déflationniste ». En Europe, les craintes de récession dominent. Les économies émergentes menacent de ralentir. Quant à la reprise américaine, elle reste modérée.

Des valeurs fiables

« Les risques politiques, institutionnels ou sociaux sont encore élevés en Europe, ce qui explique que les investisseurs favorisent les valeurs de très grande qualité, quitte à payer des primes élevées. Cela ne devrait pas changer à court terme », estime Fabrice Théveneau. La situation rappelle celle des « nifty fifty », une liste de 50 valeurs de croissance réputées extrêmement fiables sur le marché américain jusqu'aux années 1990.

Le stratégiste met également en évidence quelques cas de rattrapages boursiers. Outre Carrefour, qui a bénéficié du changement de son équipe dirigeante, « EDF a fortement rebondi ces derniers temps, mais c'est une des valeurs qui a le plus souffert ces dernières années », explique-t-il.


Sophie Rolland - Les Echos.