Une frénésie boursière s'empare du secteur des biotechnologies

L'indice Nasdaq Biotechnology évolue à des niveaux jamais vus. Un enthousiasme sans précédent pour le secteur, qui fait craindre une bulle.

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C'est un petit secteur boursier, encore peu développé en Europe, qui traite de découvertes et d'espérances de vie. Un univers où les rebonds boursiers, mais aussi les chutes, peuvent être impressionnants. Un segment qui connaît, en tout cas, un enthousiasme sans précédent : les sociétés de biotechnologies ont vécu une ascension spectaculaire ces derniers mois, en Bourse.

Des niveaux records au-dessus des pics du début des années 2000

Le Nasdaq Biotechnology Index enchaîne les records historiques, au-dessus même des pics du début des années 2000. « Et c'est la même chose pour l'indice MSCI dédié au niveau mondial », ajoute Michael Sjöström, gérant du fonds Pictet Biotech. Plusieurs titres ont littéralement flambé, à l'image de Clovis Oncology, la plus forte hausse du Nasdaq Biotechnology depuis le début de l'année, avec un bond de 350 %. En l'espace d'une séance, début juin, son cours a doublé, sur des résultats positifs dans des essais pour son médicament contre certains cancers. L'Europe - où le secteur des biotech est plus restreint - a aussi profité de ce regain d'intérêt.

Parallèlement, les introductions en Bourse ont atteint un record, outre-Atlantique (lire ci-dessous). Et les nouvelles venues ont enregistré des performances extrêmement flatteuses, avec une avance moyenne de 22 % le premier jour de cotation. Par exemple, Intrexon, qui a levé 160 millions de dollars ce mois-ci à New York, a bondi de 55 % pour ses premiers pas.

 

Graphique sur l'évolution de l'indice Nasdaq Biotechnology

 

Pourquoi une telle effervescence autour des biotech ?

Le segment a bénéficié de plusieurs facteurs porteurs. D'abord, « des nouvelles positives sur toute une série d'essais cliniques et de médicaments de plusieurs entreprises, qui promettent de belles croissances », explique Steve Silver, analyste chez S & P Capital IQ. Parallèlement, la FDA, l'agence américaine des médicaments, a approuvé toute une série de nouveaux produits, ces dernières années. « La FDA semble un peu moins conservatrice que par le passé. Elle a manifesté la volonté d'autoriser plus rapidement des traitements dans le cas de certaines maladies orphelines, par exemple », ajoute Michael Sjöström.

Autre soutien : le marché bruisse de rumeurs de fusions-acquisitions et plusieurs opérations ont été annoncées dans le domaine plus large de la santé. Par exemple, l'un des gros du secteur aux Etats-Unis, Amgen, serait en train de relever son offre sur Onyx Pharmaceuticals. Alexion ferait l'objet d'un intérêt de Roche. Et les professionnels se souviennent encore de Pharmasset acquis par Gilead, fin 2011, pour 11 milliards de dollars, ou encore de Genzyme racheté par Sanofi pour environ 20 milliards. « Il y a sans doute une prime pour d'éventuelles M & A sur la plupart des sociétés », note Michael Sjöström.

Une bulle boursière

La formidable ascension de plusieurs biotech suscite l'enthousiasme des spécialistes… mais aussi une certaine inquiétude. Au point que l'on parle déjà de bulle boursière. La valorisation a beaucoup progressé : le multiple d'un panel de 150 sociétés au niveau mondial atteint 8 fois le chiffre d'affaires, un doublement depuis deux ans, selon les données de Pictet. « Pour les grandes capitalisations dans l'ensemble, les valorisations restent justifiées par de solides fondamentaux, explique Karen Andersen, analyste chez Morningstar. Mais on voit aussi que des investisseurs font des paris sur des sociétés qui n'ont que des perspectives à leur offrir. C'est dangereux. » « Toutes les entreprises ne seront pas rachetées et des médicaments ne fonctionneront pas, rappelle le gérant du fonds Pictet. Il y a un an, il était difficile de faire une introduction en Bourse à moins d'être dans la dernière phase des essais cliniques. Aujourd'hui, on en voit plusieurs qui n'en sont qu'à la recherche. »

Pour investir dans les biotech, il faut avoir le coeur bien accroché. « La très grande majorité des sociétés de cet univers n'affichent pas encore de profit. En particulier en Europe. Pour résumer, ce sont principalement les plus grosses qui sont bénéficiaires, indique Michael Sjöström. Chaque biotech a un produit phare. En cas d'échec à des tests, la chute peut être dure. » Le spécialiste cite l'exemple d' Affymax aux Etats-Unis, qui a plongé de 85 % en une seule séance en février alors qu'il a dû faire un rappel de médicaments à la suite de décès de patients.

Marina Alcaraz