La géopolitique va-t-elle encore être le catalyseur des marchés ?

Avec les crises en Israël, en Ukraine, en Irak… la géopolitique va-t-elle encore une fois être le principal catalyseur des marchés à la baisse comme à la hausse ?

Hubert Tassin - Une surprise, déjà. Depuis la montée des tensions au Proche-Orient, le cours du pétrole a baissé. Le prix du baril a baissé de pratiquement 10 %. La surprise c’est qu’il n’y a pas d’inquiétude qui soit liée à un embrasement au Proche-Orient. Ce qui est mauvais dans les conflits, et notamment au Proche Orient, c’est que cela fait souffrir le commerce international en général… les marchés sont un peu un dérivé du commerce international.

Pour l’Ukraine, c’est plus compliqué. Car le conflit ukrainien plonge l’Europe centrale en récession et cela joue beaucoup sur l’Allemagne et l’Italie.

Victoire, vous dans votre allocation de portefeuille, quand vous choisissez des actions, vous prenez garde à ces éléments géopolitiques.

Victoire de Trogoff - Alors, la géopolitique, je ne me prononce pas dessus et je suis bien incapable de donner les différentes issues des conflits. En revanche, comme je gère un portefeuille 100 % investi, il est affecté par ces évolutions.

En général, ces conflits me génèrent des opportunités. Souvent, les titres vont corriger très fort à la baisse… comme si la situation de crise devait durer éternellement. Alors que - par nature - ces phénomènes sont temporaires. Prenons l’exemple d’une société que j’ai en portefeuille : Carlsberg. C’est un brasseur européen qui est - pour sa fortune (et en ce moment infortune) - leader de la bière en Russie avec la marque Baltica. Celle-ci représente 40 % des résultats de Carlsberg.  Au cours du printemps, le titre a décroché à cause des anticipations de la baisse du business dans cette région. Il se trouve que les résultats qu’ils ont publiés sur le premier semestre sont tout à fait corrects, voir un peu supérieur à ce que le marché anticipait. En fait la crise n’avait pas encore eu d’impact. Mais carlsberg a averti : sur la seconde partie de l’année, le business en Russie sera affecté par les tensions géopolitiques. Le cours a baissé… Je rachète donc du Carlsberg car le cours baisse trop comme si la situation en Russie allait toujours être tendue.

Hubert Tassin - On peut donner un autre exemple sur une valeur française qui est Tarkett. Tarkett a été sanctionné, car elle a une activité importante en Russie. Sur toute crise russe, il était bon d’acheter du Tarkett quitte à le revendre en trading quand lorsque ça allait mieux.

Victoire de Trogoff - Un autre exemple, le référendum écossais. Lundi matin, on apprend que l’Écosse va peut-être voter en faveur de son indépendance. Beaucoup de titres - dont un que j’ai en portefeuille qui s’appelle Scottish energy - ont chuté. Le titre dont je vous parle, Scottish energy gère des réseaux d’électricité et fabrique de l’électricité. La crainte qu’a le marché par rapport à une éventuelle indépendance c’est que la partie écossaise tombe sur un autre régulateur alors qu’aujourd’hui ce sont des business qui sont régulés - donc on sait comment les résultats vont évoluer. L’inconnu. La crainte d’un nouveau régulateur fait plonger le titre. La géopolitique, il faut donc en tenir compte.


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