Gérer son patrimoine après la cession

Après la vente de l'entreprise, l'immobilier, l'assurance-vie et l'épargne représentent des solutions intéressantes pour les anciens dirigeants.

Gérer son patrimoine après la cession

Une entreprise, une grosse voiture et une belle maison... voilà le patrimoine de la plupart des chefs d'entreprise lorsqu'ils passent la main. Les plus avisés sont aussi propriétaires à titre personnel de l'immobilier de leur entreprise, voire d'un ou deux contrats d'assurance-vie. Point barre. Ce constat, ce sont les gestionnaires de patrimoine eux-mêmes qui le dressent. De même qu'ils constatent un rajeunissement des cédants. La génération actuelle des entrepreneurs cède plus tôt que leurs aînés, entre 55 et 60 ans. Cela a une incidence forte sur les placements financiers futurs, car une fois liquéfié, le patrimoine professionnel doit assurer des revenus pendant encore de longues années. Si l'entrepreneur n'a pas encore l'âge de la retraite, il doit compenser intégralement sa perte de revenus. Et s'il peut prétendre à la retraite, dans la plupart des cas, celle-ci ne représentera qu'environ la moitié de ses revenus antérieurs. Alors comment se préparer à la cession d'un point de vue patrimonial ? Et quelles stratégies adopter ?

Stratégie patrimoniale

Le premier conseil, et sans doute le plus pertinent, est de réfléchir à sa stratégie patrimoniale très en amont. " Nous accompagnons les chefs d'entreprise avant même la cession, explique Pierre Masclet, directeur de la clientèle à la BGPI (Banque de Gestion Privée Indosuez). Et, dans deux cas sur trois, la solution mise en oeuvre est différente de celle imaginée au départ. " Tout commence donc par un bilan global du patrimoine, un point sur la situation familiale et l'estimation du montant de revenus souhaité après la cession. Les chefs d'entreprise ont en général trois objectifs : maintenir leur niveau de vie, anticiper d'éventuelles transmissions d'actifs et optimiser le tout d'un point de vue fiscal. Pour cela, il faut parfois créer des structures juridiques pertinentes : sociétés, compte titres, assurance-vie, sociétés civiles immobilières..., voire commencer à agir avant même la vente. Les transmissions avant cession par exemple effacent les plus-values, d'où l'intérêt de les réaliser en amont. De même, il peut être intéressant de démembrer la propriété (conserver l'usufruit et transmettre la nue-propriété), voire de réaliser des donations au profit de ses enfants, mais aussi de plus en plus souvent à ses petits-enfants.

Bons pères de famille

" Les anciens chefs d'entreprise n'aiment pas prendre des risques excessifs, remarque Jean-Marie Turquais, directeur de l'ingénierie patrimoniale et financière à la Société Générale Private Banking. Ce sont des investisseurs prudents qui veulent des placements sécurisés et sécurisants. " Pour réduire l'exposition aux risques, les gestionnaires de patrimoine conseillent de diversifier entre immobilier et valeurs mobilières. Pour l'immobilier, leur conseil est de constituer un patrimoine de rapport, idéalement des immeubles à usage mixte (commerces, bureaux et habitations), soit avec rendement immédiat, soit avec un rendement différé, le temps que les loyers remboursent un prêt éventuel. Côté placements financiers, le contrat d'assurance-vie est l'instrument le plus utilisé. De même que les produits structurés sûrs à base d'obligations ou de supports en euros.

Investir dans des PME

Mais difficile pour certains de renoncer aux affaires. Environ, la moitié des anciens chefs d'entreprise continuent à investir dans des PME, directement ou via des fonds d'investissement. " Ils y consacrent en moyenne entre 10 et 15 % de leur fortune ", constate David Collet, conseiller en gestion de patrimoine indépendant à La Roche-sur-Yon et vice-président du réseau FIP Patrimoine. Et ils agissent alors comme n'importe quel investisseur. S'ils ne souhaitent pas avoir de rôle opérationnel, ils veulent conserver un oeil sur la stratégie. Cette tendance à investir dans des entreprises est d'autant plus forte que le cédant est jeune et que le montant de la cession est important. Enfin, juste après la cession, tous ou presque se font plaisir. Certains acquièrent un vignoble ou une part dans un groupement foncier viticole, d'autres s'achètent une oeuvre d'art. La plupart emmènent toute leur famille en voyage lointain ou se paient la résidence secondaire dont ils ont toujours rêvé...

YVES VILAGINES