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Logement : fossé creusé entre propriétaires et locataires

L'embellie de l'industrie immobilière ne résout en rien la crise du logement. Au contraire. Si les aides profitent aux accédants à la propriété, la situation des locataires se dégrade.

Logement  : fossé creusé entre propriétaires et locataires

" On aurait pu imaginer que la crise provoque un vrai retournement de marché, une baisse des prix ou ouvre la porte du logement aux classes moyennes , cela ne s'est pas produit et la crise du logement n'est en rien résolue. Les choses n'ont pas forcément empiré, elles ne se sont pas non plus améliorées. " Le constat du sociologue Jean-Claude Driant s'illustre dans une étude publiée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) en septembre.

Dans ce document, Régis Bigot, le directeur du département conditions de vie et aspirations des Français, démontre une dégradation sur le long terme de l'accès au logement, notamment des catégories les plus modestes. Ainsi, de 1988 à 2006, la proportion de ménages propriétaires de leur logement a baissé de 47% à 37% pour les plus pauvres. Elle n'a augmenté que de 7%, passant de 52% à 59%, pour les classes moyennes alors qu'elle se hissait de 11 points, de 65% à 76%, pour les ménages issus des catégories socioprofessionnelles aux revenus élevés.

Niveau de vie dégradé

La situation des locataires n'est pas plus enviable : le taux d'effort des occupants du parc privé passe sur la même période de 18% à 23% alors que ceux qui relèvent du parc social ne subissent qu'une hausse de 3 points, de 15% à 18%. Depuis vingt-cinq ans, affirme le document du Crédoc, le niveau de vie des locataires ne cesse de se dégrader d'autant que les plus aisés d'entre eux parviennent à devenir propriétaires. Les autres, trop riches pour le parc social, trop pauvres pour accéder à la propriété et frustrés par l'impossibilité d'adapter leur logement aux évolutions de leur vie personnelle et professionnelle augmentent les rangs des " déclassés ".

Surprise de l'enquête, à méditer par les tenants du " tous propriétaires ", tout le monde ne souhaite pas posséder son logement. Par goût, pour ne pas freiner leur mobilité, par peur des charges ou de l'endettement, 45% des ménages désirant changer de logement souhaitent rester ou devenir locataires, ils n'étaient que 39% en 1988. La réforme des aides à l'accession annoncée le 14 septembre par le président de la République Nicolas Sarkozy ne s'adresse finalement qu'aux 360.000 ménages devenant propriétaires pour la première fois chaque année. Le nouveau prêt à taux zéro, baptisé " PTZ + ", voudrait toucher 380.000 familles, dans l'espoir de faire monter le taux de propriété, quasiment stable à 57% depuis une quinzaine d'années.

Catherine SABBAH