La crise a pesé sur les frais de gestion perçus par les gérants. Mais elle ne s'est pas traduite par une guerre des prix, qui reste cantonnée à certains segments et limitée dans son ampleur. En Europe, les particularismes nationaux font de la résistance, démentant au passage l'idée d'une convergence inéluctable et irréversible des niveaux de commissions.
Toute notion de guerre des prix est encore largement prématurée dans la gestion d'actifs. S'il y a bien des signes çà et là de baisse des commissions de gestion, ce mouvement n'est pas global et ne modifie pas fondamentalement la donne dans ce secteur. » Le constat est dressé par Lipper (Thomson Reuters) dans une étude récente (1). La crise, si elle a mis sous pression les commissions, ne s'est pas traduite pour autant par une guerre des prix entre gestionnaires. Tous ne sont d'ailleurs pas en mesure de mener une telle offensive dans un environnement toujours sans grande visibilité. Dans l'Hexagone, Amundi, premier gérant par la taille, n'a pas abusé jusqu'à présent de sa position de force.
D'ailleurs, abaisser ses frais de gestion n'est pas très naturel dans ce secteur atypique et « aucune société de gestion n'est parvenue à gagner des parts de marché significatives simplement en agissant de la sorte », note Lipper. Cette pratique est plus courante sur des classes d'actifs comme le monétaire et les obligations que sur les actions, et plus fréquente sur le segment des institutionnels que des particuliers. En effet, ces derniers sont totalement insensibles au niveau des commissions, lequel n'entre aucunement en ligne de compte au moment d'acheter un fonds comme l'ont montré de nombreuses études comportementales.
De leur côté, depuis la crise, les institutionnels comme les fonds de pension sont davantage prêts à renoncer à une certaine liquidité de leurs placements en contrepartie de frais de gestion plus faibles. Un compromis que leur ont notamment proposé des « hedge funds » en quête d'investisseurs stables. Dans les appels d'offres réalisés en 2009, certains « asset managers » ont fait d'eux-mêmes des concessions et gestes commerciaux sur leurs tarifs afin de remporter coûte que coûte certains mandats. Une évolution conforme à la tendance de long terme qui veut que, sur le Vieux Continent, les commissions de gestion et le total des frais (gestion, administration, dépositaire…) rapportés aux encours des fonds à destination des institutionnels ont reculé entre 1995 et 2007, selon Lipper (2). C'est l'inverse pour les produits conçus pour les particuliers. Ainsi leurs frais de gestion annuels ont-ils grimpé de 1,3 % à 1,6 % entre 1994 et 2007 pour les fonds investis en actions.
Des expertises parfois onéreuses
« Il est très rare que ce type de fonds baisse ses prix alors que les nouveaux produits (actions) établissent généralement leurs frais au niveau de la moyenne du secteur ou au-dessus. Ce phénomène a pu être exacerbé par des innovations (fonds "BRIC", investis au Brésil, en Russie, en Inde et en Chine…) qui sont souvent bien plus chères pour les clients », souligne Lipper. En effet, les investisseurs paient un service sur des expertises qui peuvent s'avérer bien plus onéreuses et délicates à mettre en oeuvre. Exemple, les fonds qui gèrent selon l'approche de l'investissement socialement responsable (ISR). En effet, leurs gérants sont souvent de gros consommateurs de recherche extrafinancière (analystes dédiés, prestataires externes), qui a un coût. Ils s'engagent souvent dans un dialogue avec les sociétés dans lesquelles ils investissent et qu'ils surveillent et contrôlent de près. Une vigilance qui induit des frais.
Enfin, les sociétés de gestion qui proposent une gestion ISR peuvent être tentées de tirer parti de la moindre sensibilité au niveau des commission des investisseurs types de cette approche (fondations…). La vertu et la tranquillité d'esprit ont un prix que ces derniers sont prêts à acquitter… De quoi inciter les gestionnaires à afficher des commissions plus fortes que pour les autres produits traditionnels. Ce n'est toutefois pas ce que les études constatent, en tout cas aux Etats-Unis, le plus grand marché. Outre-Atlantique, les fonds ISR ne s'avèrent pas particulièrement plus chers que les fonds classiques (3). Ils sont même moins onéreux que ces derniers au sein d'une société de gestion qui gère ces deux types d'expertise (ISR et gestion traditionnelle).
Nessim AÏT-KACIMI