Propos recueillis par Joël Antoine -

Digital Stars Europe : « Nous cherchons à exploiter les biais comportementaux »

Digital Stars Europe (code Isin : LU0090784017), fonds de la société J. Chahine Capital, gagne 168,2% depuis son lancement le 13 novembre 1998, alors que l'indice Stoxx 600 avance de 36,3%. Julien Bernier, le gérant du fonds, explique comment son style de gestion quantitatif lui permet de capter les tendances du marché et surperformer l'indice.

Les études macroéconomiques que vous publiez entrent-elles en ligne de compte pour infléchir ou renforcer l’interprétation des momentum sur les actions?

Notre approche consiste à trouver les valeurs stars et à bénéficier de leur croissance future, et non à bâtir une allocation d’actifs en fonction de scénarios macroéconomiques qui nous conduirait à surpondérer tel secteur ou telle région. Cela peut paraître étrange que nous dépensions autant d’énergie dans les études macroéconomiques ou dans les facteurs explicatifs des bénéfices des entreprises, alors que notre fonds est avant tout géré selon une approche quantitative basée sur le momentum des prix. Cette approche est indépendante de l’analyse de scénarios macroéconomiques.

 

Comment expliquez-vous les performances de votre fonds sur toutes périodes alors que le suivi de momentum conduit à le surexposer aux biais comportementaux du marché?

En fait, nous cherchons justement à exploiter les biais comportementaux des investisseurs en Bourse. Le momentum donne de bons résultats parce que les investisseurs mettent du temps à assimiler des nouvelles extrêmement positives.Il y a bien une justification comportementale à la sélection de titres par le momentum. En outre, peu de gérants l’utilisent sans concession, si bien que l’analyse des fondamentaux des sociétés reste aujourd’hui le standard de la sélection de titres. Tant que le momentum restera sous-utilisé, il y aura une réelle valeur ajoutée à l’appliquer d’une manière vraiment systématique.

 

Comment faire confiance au momentum alors que ce seul critère peut vous conduire à bâtir un portefeuille déséquilibré que ce soit au regard des thèmes, des secteurs ou des valeurs?

Dans notre gestion, nous avons un certain nombre de garde-fous qui permettent d’éviter de prendre des risques trop forts. Effectivement, si le momentum est appliqué de manière brute, on risque de surpondérer énormément un thème ou un secteur puis de subir très violemment l’explosion de cette bulle. Nous avons donc mis en place des pondérations maximales. Ainsi, on ne peut dépasser de plus de 15% notre indice de référence au niveau sectoriel et nous avons aussi une limite en termes de risque relatif que l’on mesure avec la tracking error et qui est fixée à 7% par rapport à l’indice de référence. Nous avons aussi des indicateurs de surchauffe.

 

Au total, ce n’est pas parce qu’un titre appartient à un secteur à la mode qu’il aura un momentum excellent et qu’il intégrera notre sélection. Il faut qu’il y ait en plus des éléments liés à la société elle-même, que ses réalisations soient assez exceptionnelles par rapport à ses comparables pour qu’elle apparaisse parmi les tout meilleurs momentum. En 2010, nous avions certes un biais sur le luxe, la chimie, l’automobile mais également des titres très différents qui ne faisaient pas nécessairement partie de ce thème fort: les sociétés dont le chiffre d’affaires était tiré par les exportations vers les marchés émergents. Leurs performances se sont avérées extrêmement brillantes. Je pense notamment à un titre comme Asos, société britannique spécialisée dans la vente de vêtements en ligne, qui vend au Royaume-Uni et dont le cours a progressé de 159% en 2010.

 

Limitez-vous le poids de chaque valeur dans le portefeuille?

Chaque valeur est entrée à 1% dans le portefeuille, son poids d’origine est donc faible. L’objectif est de laisser à chaque valeur la possibilité de contribuer à la surperformance sans qu’il y ait un risque lié à la valeur qui soit trop important. Ensuite, le poids de la valeur va dépendre de sa performance par rapport au fonds mais il est limité à 3,5%.

 

Même si le momentum reste bon, nous réduisons le poids des valeurs unitaires en portefeuille, ce qui nous conduit à prendre régulièrement nos bénéfices et à faire redescendre le titre à 3%. Aucune valeur ne dépasse actuellement 1,8%. Le risque spécifique à chaque valeur est réparti sur un maximum de titres, le fonds détenant en moyenne une centaine de titres.