-

Banc d'essai : 6 fonds Sofica passés au crible

en partenariat avec Les Echos

Moyennant quelques milliers d'euros d'investissement, il est possible de jouer au producteur de cinéma et d'obtenir une réduction d'impôt sur le revenu. Investir dans le septième art nécessite de détenir son placement aléatoire pendant au moins cinq ans.

Alors que le coup d'envoi de la campagne des SOFICA (sociétés pour le financement cinématographique et audiovisuelle) vient d'être donné, les sociétés de gestion attendent l'agrément de l'Autorité des marchés financiers pour lancer l'appel public à l'épargne. La cuvée 2010 se compose de dix SOFICA appelées à collecter au total 63,07 millions d'euros. L'allocation moyenne par SOFICA s'élève ainsi à 6,3 millions d'euros, en légère augmentation par rapport à 2009, qui atteignait 5,73 millions d'euros. Notre tableau sera mis à jour au fur et à mesure des données communiquées par les sociétés de gestion.

 

Les sommes versées pour la souscription en numéraire au capital d'une SOFICA donnent droit à une réduction de 40% de l'impôt sur le revenu des personnes physiques dans la double limite de 25% du revenu net global et de 18.000 euros par foyer fiscal. Ce taux de 40% passe à 48% pour les SOFICA qui réaliseront un minimum de 10% de leurs investissements sous forme de souscription au capital de sociétés de réalisation d'oeuvres cinématographiques ou audiovisuelles. Dans la pratique, si l'on souscrit par l'intermédiaire un réseau bancaire, il faut en principe y détenir un compte. Bien sûr, cette obligation n'existe pas lorsqu'on s'adresse auprès de plateformes de distribution, multiproduits et généralement présentes sur Internet.

 

En souscrivant au capital des SOFICA, l'investisseur privé s'engage dans un placement illiquide. De plus pour conserver sa réduction d'impôt sur le revenu, il doit détenir ses actions pendant cinq ans, ce qui fait une date de sortie en 2016. Mais il faut être prêt à patienter deux ou trois ans supplémentaires, compte tenu des délais pour la dissolution de la SOFICA.

 

S'agissant des frais, il existe généralement deux grands postes. Le premier concerne les frais retenus une seule fois sur le montant à la souscription. Si certaines SOFICA n'annoncent aucun frais de souscription, elles prélèvent malgré tout « une commission de placement due aux intermédiaires financiers ». Cette ponction tourne autour de 3%. Le second poste a trait aux frais de gestion retenus chaque année, sur le capital social de la SOFICA.

 



Miser sur les succès commerciaux

 

La politique d'investissement de la SOFICA constitue un critère de choix important de ce placement aléatoire. En fonction de sa stratégie, elle contribuera au financement de films destinés aux salles de cinéma ou/et à des oeuvres audiovisuelles.« En investissant essentiellement dans les films à petit et moyen budgets pour le cinéma, produits par des producteurs indépendants, La Banque Postale Image 5 effectuera des investissements à risque », explique Hugues de Chastellux, Président de Lucy Finance.

 

Avec les fonds collectés en 2008, la SOFICA  La Banque Postale Image 3 est intervenue notamment à hauteur de 250.000 euros dans le financement du film « Mammuth » de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Gérard Depardieu et, de 150.000 euros dans « Le Bruit des Glaçons » de Bertrand Blier, avec Jean Dujardin et Albert Dupontel. Le cycle de vie d'une SOFICA démarre la première année par la collecte des fonds auprès du public, suivie l'année suivante par l'investissement dans différentes productions cinématographiques afin de répartir les risques. Dès l'année suivante, ces films sont livrés et distribués en salles. « Les investissements de Manon 2 accompagneront la ligne éditoriale de Mars Films et bénéficieront d'une garantie de rachat pour 35% de son capital à investir, poursuit Hugues de Chastellux. Les 65% restant de Manon 2 seront investis à risque, dans des films produits par des producteurs indépendants et destinés à une première exploitation en salles de cinéma ».

 

Généralement, les SOFICA interviennent en pool pour s'associer à la production de films pour cinéma qui peuvent se révèler des succès commerciaux comme en témoigne par exemple le beau parcours du film «  Les Hommes et les Dieux » de Xavier Beauvois, soutenu sur le plan financier par les Sofica Cinemage et Cofinova.  D'un budget de près de 4 millions d'euros, ce film produit par Why Not Productions, a obtenu le Grand Prix du Jury (Cannes 2010).  Depuis sa sortie en salles le 8 septembre 2010, il affiche un peu plus de 2,3 millions d'entrées pour 484 copies en cours d'exploitation. Dans un tout autre genre, le film Arnacoeur de Pascal Chaumeil compte dans son tour de table financier les SOFICA Cinemage et A+Image. Sortie le 17 mars 2010, cette comédie romantique a réalisé un peu plus de 3,7 millions d'entrées en salle pour 379 copies en cours d'exploitation. Comme elle a été tournée dans l'univers des grands hôtels de Monaco, elle a nécessité un budget de départ de 8,7 millions d'euros.



Les SOFICA assorties d'une réduction d'impôt sur le revenu de 48%
Sofica Montant à collecter en millions d'euros Minimum de souscription en euros Frais d'entrée TTC Frais de gestion TTC/an Distributeurs
Cofimage 23 6 5.000 2,39% 3% maximum Caisse d'Epargne, Banque Privée 1818 et Natixis
Cofinova 8 7,4 8.000 - 2,56% Groupe CIC et Crédit Mutuel, Banque Martin Maurel
Soficinéma 8 6,7 5.000 - 3,14 réseaux BNP-Paribas et Neuflize OBC
Manon 2 4,67 5.000 3% maximum 2,3% en année 1 et 2, puis 1,8% en année 3,4,5 Sociétés de Bourse Portzamparc et Cholet Dupont Partenaires
La Banque Postale Image 5 8 5.000 3% maximum 3% en année 1 et 2, puis 1,8% en année 3,4,5 La Banque Postale
Cinemage 6 9,7 6.000 - nc Allianz, W Finance, Hédios Patrimoine, Haussman Patrimoine, Finance Sélection, Exclusive Partners


Martine DENOUNE