Jean-Paul Betbèze - Chef économiste - Crédit Agricole SA

AA+, coupes budgétaires, impôts et rumeurs - Point sur l'actualité avec Jean-Paul Betbèze

Bourse 03

Ce début de mois d’août a été particulièrement violent, en partant des Etats-Unis et en revenant en Europe. Les perspectives sont assombries, faut-il craindre pire ?
L'analyse de Jean-Paul Betbèze, Chef économiste de Crédit Agricole SA.

 

Etats-Unis :

Après la crise de la dette privée née en août 2007, puis la récession et une reprise plus lente et plus compliquée que prévu, voilà la crise de la dette publique. C’est mathématique, puisque les recettes ne sont plus là et que les dépenses de guerre et de Médicaid-Medicare pèsent davantage, en liaison avec les choix du Président Obama. C’est aussi une très vieille histoire que celle du déficit public américain et de la dette de la première économie du monde, mais une histoire qui a trop duré. Ainsi, quand il s’agit de hausser le plafond de la dette publique, auparavant une formalité, tout se crispe à Washington. Les Démocrates sont prêts à des coupes budgétaires, mais avec des hausses d’impôts, les Républicains (notamment ceux du Tea Party) ne veulent pas entendre parler d’impôts. L’accord qui est signé s’engage donc sur des coupes à moyen terme, alors que les marchés et les agences de notation veulent une réduction plus rapide du déficit, qui passe par des hausses d’impôts. D’où la dégradation de la note.

 

 

Europe :

Quand la nouvelle arrive, les marchés se demandent « à qui le tour ? ».

Le AAA de l’Allemagne est incontestable puisque l’économie continue de croître, qu’elle est en très fort excédent commercial, qu’elle réduit son déficit public et qu’elle est surtout en passe de stabiliser sa dette par rapport au PIB, avant de la faire baisser.


Donc c’est au AAA de la France de passer aux tests, avec des interrogations sur la croissance, le déficit, la solidité du système bancaire et financier. Pour les marchés, il faut réduire le déficit au plus vite, avec des questions sur les niches, les impôts et la « règle d’or ». Mais la politique s’en mêle : toutes les niches correspondent à des avantages spécifiques, et certaines à des engagements du Président Sarkozy. Les heures supplémentaires et la TVA sur la restauration sont mises en avant, l’abandon de la réduction de l’ISF aussi, au total une dizaine de milliards, plus du double que ce qu’envisage le gouvernement. Sans compter une taxe sur les très hauts revenus qui pourrait rapporter 300 millions d’euros. Plus politiques encore sont les décisions sur les économies budgétaires et sociales : remplacement des fonctionnaires, budget de la sécurité sociale...

 

S’il s’agit d’économiser, il ne s’agit pas d’aller trop loin, au risque d’affaiblir la croissance. La pression des marchés oui, la compression non, car si la croissance faiblit trop, ces mêmes marchés vont s’alarmer sur la bourse. L’équilibre est donc compliqué à trouver. D’autant que la France n’est pas seule, que les pays périphériques sont toujours sous pression, avec plus d’ajustements encore à faire.

 

 

Aux Etats-Unis et en Europe, nous allons vers une réduction des dépenses publiques, avec des taux durablement bas pour amortir le choc. La recherche de placements sûrs fait aimer l’obligataire allemand, et aussi américain, l’or, le Franc suisse. Mais il y a des limites à la crainte, quand on voit les chiffres si bas de certaines valeurs boursières et si hauts de certains métaux précieux. Il y aura donc des corrections, si les politiques agissent bien sûr. Il faut ainsi s’attendre, à l’occasion du G20 de Cannes, à ce que les grands pays se coordonnent mieux, notamment que la Chine réévalue un peu plus rapidement sa monnaie.

 

Au total, les réactions sont trop fortes et les rumeurs extrêmes, mais c’est malheureusement ainsi que se prennent les décisions dites courageuses. Il ne faut pas en rajouter en termes de rigueur à court terme mais voir plus long, et coopérer plus entre nous. Le plus tôt sera le mieux.