Les Echos -

Les actions des pays émergents au plus haut

L'indice MSCI Emerging Markets a grimpé de 6,5% depuis le début de l'année. Il est au plus haut depuis juillet 2008. Plusieurs marchés d'Asie du Sud-Est gagnent plus de 30%, profitant de flux positifs et de bonnes perspectives de croissance.

C'est désormais incontestable : les émergents ont mieux résisté aux turbulences boursières de ces derniers mois. Alors que les grandes places développées ont du mal à trouver une direction, les émergents, eux, poursuivent leur marche en avant : hier en milieu de journée, l'indice MSCI Emerging Markets était au plus haut depuis juillet 2008. Depuis le début de l'année, il a grimpé d'environ 6,5% alors que dans le même temps, le MSCI World n'a pris que 1,25%.

 

En deux ans, depuis la chute de Lehman Brothers, l'indice des marchés émergents a bondi d'environ 25%, contre une légère baisse pour le MSCI World. « La crise de 2008 a redessiné la carte des investissements  : avant cette période, les marchés émergents étaient perçus comme bien plus risqués que les marchés développés. Ces derniers ont bien plus souffert et ont plus de mal à rebondir, explique Xavier Hovasse, analyste chez Carmignac Gestion. La croissance économique est plus importante dans les émergents tandis que les craintes de surchauffe de ces pays se sont apaisées ces derniers mois. »

 

Les flux investisseurs se sont détournés des pays occidentaux pour venir sur les émergents. Les entrées dans les fonds dédiés ont dépassé les 40 milliards de dollars depuis le début de l'année, selon les données d'EPFR Global.

 

La Colombie en tête

 

Certains pays ont davantage profité de l'appétit des investisseurs pour les émergents, l'Asie en tête (+ 7,3% depuis le début de l'année). « C'est là que la croissance domestique est la plus forte, avec une augmentation des profits attendue à 38,5% cette année pour un ratio cours/bénéfice de 13,5 », souligne David Gaud, gérant d'Edmond de Rothschild Asset Management, basé à Hong Kong. « Les flux sur plusieurs pays du Sud-Est de taille intermédiaire ont beaucoup progressé ces dernières semaines », ajoute Martial Godet, responsable émergents chez BNP Paribas IP.
Le MSCI Thaïlande a grimpé de 35% en presque neuf mois, les Philippines de 32%, l'Indonésie, de 29,8 %. Les indices locaux enchaînent les points hauts, à l'image du SET (à Bangkok) au plus haut depuis 1996, après le nouveau relèvement des prévisions du gouvernement pour 2010. De son côté, le MSCI Inde n'a pris « que » 16,4%, mais l'indice local, le Sensex a réussi à franchir la semaine passée le seuil symbolique des 20.000 points, pour la première fois depuis deux ans et demi.

 

La palme revient toutefois à la Colombie avec un gain de plus de 42% en neuf mois. « Plusieurs raisons expliquent cette surperformance. En particulier, les élections de juin entraînant d'importants flux des étrangers et l'appréciation de la devise colombienne. Enfin, le mouvement est porté par les fonds de pension locaux - limités dans leurs investissements à l'extérieur -qui détiennent 40% du flottant des entreprises colombiennes », reprend Xavier Hovasse.

 

Confiance

 

A l'inverse, plusieurs autres grands pays dits BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) ont fait moins bien. Le Brésil affiche même une performance négative en presque neuf mois, avec la gigantesque levée de capital de Petrobras, qui s'est achevée tout récemment. La Russie (- 0,75%), très dépendante de l'évolution du pétrole, est aussi à la traîne. Arguant notamment du retard de quelques poids lourds (comme la Chine, qui n'a pris que 0,4%), les spécialistes restent confiants sur le potentiel des émergents. « La Chine peut être le nouveau moteur de surperformance, avec de belles histoires domestiques », reprend David Gaud. BNP Paribas IP table sur une progression des émergents 5% à 10% d'ici à la fin de l'année.

 

 

Marina ALCARAZ