Les valeurs du Vieux Continent bénéficient d'un vrai potentiel de rebond. Quatre spécialistes de la zone expliquent pourquoi.
Demain, tous en faillite ? A lire la couverture du dernier ouvrage de Jacques Attali, nous serions en situation de pré-apocalypse. Cette vision noirâtre fut exactement à l'opposé de la thèse développée par trois de nos invités, lors du dernier Cercle des gérants, consacré, le 17 juin dernier, aux actions européennes. Eux au contraire se sont félicités du niveau actuel de l'euro. Comme l'expliquait un intervenant, « il va en effet permettre de bénéficier de la croissance mondiale avec une monnaie plus faible et, pour les principaux Etats, des taux plus bas ».
Ils ont aussi relativisé la dette des Etats. « Les déficits sont surtout de nature conjoncturelle », ajoute ce même gérant. Du coup, ils se réduiront avec la reprise des recettes liées à la croissance. « Comme à chaque début de cycle, les marchés sont inquiets sur la vigueur de la reprise, alors que les exemples de rechute de l'activité sont extrêmement rares dans l'histoire économique. »
Mais surtout, ils ont rendu hommage aux entreprises du Vieux Continent. A leurs yeux, elles apparaissent beaucoup mieux armées que leurs homologues américaines ou japonaises. A la suite de leurs restructurations, elles disposent d'atouts désormais spécifiques. Elles ont notamment su faire disparaître des sources de dépense qui ne reviendront pas.
« Au fil des mois, les entreprises révisent leurs perspectives bénéficiaires à la hausse, et ce, sur un marché où les niveaux de valorisation sont très attractifs, avec des primes de risque exceptionnelles par rapport aux marchés obligataires », estime un intervenant.
Le quatrième invité se montrait plus circonspect. Selon lui, les causes de la crise financière n'ont pas été supprimées. Les conséquences peuvent donc resurgir à tout instant. En outre, selon lui, les médianes de perspectives bénéficiaires camouflent d'énormes disparités. Non seulement selon les secteurs d'activité, mais à l'intérieur de ces derniers, selon les entreprises.
Un vrai potentiel de rebond
Cependant, que ce soit par enthousiasme ou par défaut, tous se sont rejoints sur le potentiel de rebond des actions européennes. Pour au moins une bonne raison, évoquée par Jean-Michel Starck, directeur général de HSBC Private Wealth Managers, qui coanimait le débat : « Ce n'est pas forcément dans les économies les plus fortes que les marchés d'actions donnent le meilleur d'eux-mêmes ! » Aussi la sélectivité sera-t-elle de mise. C'est pourquoi les mois à venir privilégieront les adeptes du « stock picking » (sélection des titres au cas par cas).
Les invités à cette table ronde étaient Philippe Chaumel, gérant, chez Rothschild & Cie Gestion ; Isaac Chebar, gérant OPCVM Europe chez DNCA ; Isabel Lévy, directeur général de Métropole Gestion, directeur délégué à la gestion actions ; ainsi qu'Emmanuel Morano, responsable de la gestion actions chez UFG LFP.
François LE BRUN