Plus de trois quarts des titres d'Enel Green Power ont été assignés aux investisseurs individuels, un record sur les grandes opérations de ces dernières années en Italie. A Hong Kong, les particuliers viennent en masse.
Les investisseurs particuliers ont largement contribué à soutenir les toutes récentes introductions en Bourse. « Ce sont même eux qui ont sauvé Enel Green Power », commente un banquier. En effet, presque 78 % des titres de la division énergies renouvelables du groupe italien ont été assignés aux actionnaires individuels, un record sur les grandes opérations italiennes depuis 2005.
Le « retail » a également joué un rôle dans le succès de l'entrée en Bourse du Warsaw Stock Exchange, puisque ces derniers ont obtenu 30 % de l'offre (1).
Dans l'opération relativement difficile du groupe italien - la fourchette de prix avait été revue à la baisse -la part allouée aux particuliers a été augmentée en fin de processus, compte tenu de l'accueil mitigé des institutionnels. « Les particuliers ont un rôle stabilisateur qu'il ne faut pas négliger, surtout en période de turbulences », commente Thierry Olive, responsable marché primaire actions chez BNP Paribas.
Ils ont tendance à être moins sensibles à la valorisation, ce qui en fait un atout pour les entreprises « en panne » d'investisseurs. En particulier dans le contexte actuel où le prix reste l'une des clefs de la réussite de la plupart des introductions en Bourse.
« Il faut un nom connu »
Toutefois, un soutien en masse du « retail » n'a pas que des avantages : « Les particuliers effectuent moins de transactions que les institutionnels, ce qui a des conséquences sur la liquidité de la société », remarque un professionnel. « Le grand public a tendance à vendre dès les premiers points de hausse et n'est pas forcément toujours présent dans les appels futurs au marché », ajoute un second.
Cet exemple récent d'Enel Green Power fait plutôt figure d'exception par rapport aux opérations des dernières années. La proportion est, en effet, en général, plus faible, sauf pour les grandes privatisations. En Italie, la part allouée aux particuliers a été comprise entre 10 % et 62,7 % pour les introductions de plus de 200 millions d'euros, depuis 2005, selon les données de BNP Paribas. En France - où les banquiers doivent réserver 10 % de l'offre aux particuliers -, la moyenne est de 16 %, sur les levées de plus de 50 millions d'euros.
Mais ce pourcentage va de 1,6 % dans Paris Re (en 2007) à 68,3 % dans EDF (en 2005). « Pour attirer les particuliers, il faut un nom connu et une solide politique de communication, reprend Thierry Olive. En plus, les banques hexagonales ont plutôt l'habitude de vendre des sicav, plus diversifiées, que des actions en direct. » « La proportion varie d'un pays à l'autre et d'un moment à l'autre, en fonction de la culture, des incitations fiscales et bien évidemment de l'orientation générale de la Bourse », ajoute Jérôme Leleu, en charge du primaire actions pour la France chez Morgan Stanley.
« Appétit »
C'est en Asie que les particuliers semblent manifester le plus d'intérêt, comme en témoigne le cas de la française L'Occitane : la demande a atteint 160 fois l'offre pour les investisseurs individuels (et était proche de celle des institutionnels en montant), pour une allocation finale de 50 %. « L'appétit des particuliers est largement plus fort à Hong Kong qu'en Europe », confirme Cyril Michel, responsable marché primaire actions chez HSBC France.
Le taux de sursouscription pour la tranche « retail » a atteint 6 à 470 fois sur les 10 plus grosses de l'année à Hong Kong, d'après BNP Paribas (sur la base de la taille de la demande « retail » divisée par la taille de la tranche qui leur est destinée). Il a été de 10 fois pour AIA et est monté, tout récemment, jusqu'à 1.226 pour Evergreen International !
Marina ALCARAZ