Après une embellie en mai, les mises en chantier ont fortement baissé en juin. Elles sont en recul sur le deuxième trimestre. Les experts révisent à la baisse leurs prévisions, avec l'incertitude sur l'avenir des mesures de soutien gouvernementales.
Les craintes exprimées par les professionnels du bâtiment et de l'immobilier de voir la reprise du marché des logements neufs se heurter aux incertitudes liées au devenir des mesures de soutien gouvernementales au secteur semblent se concrétiser. Le nombre de mises en chantier de construction neuve a, en effet, baissé de 0,3 % au deuxième trimestre 2010, comparé à la même période de 2009, à 70.821, selon les chiffres du ministère de l'Ecologie, publiés hier. Un sérieux coup de frein alors même que, pour la période mars-avril-mai, la progression avait été de 14,6 %. « La construction neuve reste dans une conjoncture fragile. Le nombre de permis de construire en hausse est un signal positif pour l'avenir, mais les mises en chantier effectives - en légère baisse -ne concrétisent pas, pour le moment, cet espoir », a reconnu à l'AFP le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu.
Inquiétudes
Cette quasi-stagnation observée au deuxième trimestre (70.821 mises en chantier contre 70.749 au cours des trois premiers mois de l'année) est d'autant plus inquiétante, observe Michel Mouillart, professeur d'économie à Paris-X Nanterre, qu'habituellement, sur cette période, le nombre « est toujours en progression de 6% à 7% sauf en période de récession ». Selon l'expert, « après l'embellie du mois de mai, la chute (- 17,4%) du mois de juin fait ressortir les inquiétudes pour l'avenir, surtout avec la fin du doublement du prêt à taux zéro fin juin ».
Sans compter les gels de crédit, qui « ont comme conséquence un recul du nombre de logements collectifs sociaux (- 5,6% au premier semestre) ».
Pour tenter de dynamiser l'offre de logements neufs, tout en réduisant la facture pour l'Etat, le gouvernement va présenter, lors du projet de loi de Finances 2011, les mesures de la réforme des aides à l'accession à la propriété. Mais celles-ci ne laissent pas d'inquiéter les professionnels, qui craignent qu'elles débouchent sur des mécanismes moins avantageux. D'autant que cette faiblesse de l'offre - il manquerait environ 900.000 logements dans le pays -a entraîné une nouvelle envolée des prix des logements anciens, chiffrée à 8,48% entre les premiers semestres 2009 et 2010 par Century 21, réseau d'agences immobilières. De son côté, le mouvement HLM, qui compte 10 millions de locataires, accuse le gouvernement de vouloir « étrangler le logement social » en ponctionnant, à partir de 2011, sa trésorerie de 340 millions d'euros pendant trois ans, ce qui l'obligerait à moins construire.
Tout n'est pas sombre pour autant. Le nombre de permis de construire a, lui, augmenté de 25% entre avril et juin par rapport à un an plus tôt (à 97.966), portant la hausse pour l'ensemble du premier semestre à 15,5%. Cela ne suffit pas néanmoins à susciter l'enthousiasme des observateurs. Au cours des douze derniers mois (juillet 2009 à juin 2010), le nombre de mises en chantier est en effet retombé, avec 295.981 unités (- 12,8% sur 12 mois), juste en dessous du cap symbolique des 300.000, et loin de l'objectif souhaité du gouvernement de 500.000 nouveaux logements par an. Et l'économiste Michel Mouillart a même révisé à la baisse ses prévisions de mises en chantier pour 2010, à près de 320.000, au lieu des 330.000 à 335.000 envisagées jusqu'à présent.
Antoine BOUDET