Les Echos -

La renégociation de crédits immobiliers est en plein boom

Les banques se sont engagées dans une vive bataille pour attirer les emprunteurs d'autres établissements qui cherchent à bénéficier de la baisse des taux, d'autant que les banques d'origine ont peu de marge de manoeuvre.

C'est un chassé-croisé permanent et aberrant. Il n'y a aucune prime à la fidélité ! », s'étonne un courtier. Avec la chute des taux, les opérations de rachats de crédit poursuivent leur essor et représentent actuellement jusqu'à un tiers de l'activité de crédit immobilier des banques. Le matin, l'une débauche un client d'une concurrente avant d'en céder un des siens l'après-midi. « Les dossiers de rachat de crédit à la concurrence représentent près de 30% de notre production, confirme un banquier. A l'inverse, certains clients nous demandent de renégocier leurs crédits. »


Dans ce cas, tout est question dans l'arbitrage des revenus générés et de l'antériorité de la relation. « La décision ou non de faire une offre offensive dépend de l'historique des clients au sein de la banque, du montage initial du crédit et de son poids en tarification selon la marge initiale. Nous disposons aussi de nombreux clients professionnels dont nous étudions les dossiers de renégociation selon leur patrimoine », explique un autre banquier.


Les principaux intéressés à la renégociation ? Les emprunteurs de la fin 2008 ou du début 2009, qui cumulent un prêt récent à des taux élevés (5,15% fin 2008 à 4,75% les premiers mois de l'année dernière), révélant au moins 1% d'écart avec les offres actuelles (lire ci-contre). Soit « ils viennent dans une logique de raccourcir la durée et le coût global de leur prêt, en gardant la même mensualité », explique Maël Bernier chez Empruntis. Soit, comme le relève Joël Boumendil chez ACE, ils cherchent davantage à baisser le coût de leur endettement mensuel et, s'ils n'ont pas la trésorerie disponible pour payer les pénalités, ils les font financer à crédit par la banque qui rachète le prêt.

 

Avec la baisse des taux, les banques d'origine ne sont mécaniquement pas en position de force pour garder leurs clients. « En période de baisse longue des taux, les marges de manoeuvre des banques sont justement plus faibles, car les commissions se contractent. C'est paradoxalement en phase de hausse, que nous avons le plus de latitude », indique un banquier.


 

Yalta bancaire

 

Pour rester dans la course, les banques d'origine offrent la plupart du temps des taux variables. Ils ont deux avantages : proposer au client un taux d'appel sensiblement au-dessous des taux fixes du marché, et, de leur côté, lisser les pertes engendrées par la renégociation. « Le taux variable permet un amortissement lissé de la perte dû au remboursement anticipé du taux fixe. Sinon nous serions déficitaire jusqu'à la fin du crédit », poursuit ce dernier.


Si elle joue en faveur des emprunteurs, il ne faudrait pas que cette guerre des rachats conduise à un nouveau Yalta bancaire, notamment en région, chacun s'engageant à ne pas racheter les crédits des autres. Une entente qui a prévalu entre 9 banques au début des années 1990, sanctionnée par le Conseil de la concurrence, et pour laquelle il soupçonne encore 4 groupes mutualistes dans les régions de l'Ouest et du Centre pour des faits remontant à 2008. « A ce rythme de renégociation, on ne peut pas penser que les groupes n'ont pas instauré des règles du jeu en interne », estime un professionnel. « Il y a des logiques intragroupes qui se manifestent ici et là, mais ce n'est pas systématique », estime en revanche un autre. D'autres encore jugent que le gros de la vague des crédits à renégocier est dernière eux.



Anne DRIF