Les seniors sont aujourd’hui incités financièrement à poursuivre leur activité au-delà de l’âge légal de la retraite. Surcote ou cumul emploi retraite : qu’ont-ils intérêt à privilégier ?
Repousser la date de son départ en retraite pour bénéficier de la surcote
A condition qu’ils n’aient pas fait liquider leur retraite, les assurés qui continuent à travailler après 60 ans, alors qu’ils ont déjà réuni le nombre de trimestres nécessaires pour toucher leur retraite à taux plein, bénéficient d’une majoration de leur pension de retraite de base, appelée surcote.
Son taux est fixé à 1,25% pour chaque trimestre civil entier supplémentaire travaillé depuis le 1er janvier 2009, soit une majoration de pension de 5% pour une année de travail en plus, de 10 % pour deux années et ainsi de suite, sans limitation.
Cette surcote ne concerne toutefois que la retraite de base : dans les régimes complémentaires, Arrco et Agirc, les trimestres travaillés au-delà de la durée requise pour prétendre à une retraite à taux plein n’ouvrent droit à aucune majoration (mais permettent, bien entendu, d’acquérir des points supplémentaires).
Faire liquider sa retraite et reprendre une activité professionnelle
Depuis le début 2009, les retraités ont la possibilité de reprendre une activité professionnelle (salariée ou non) et de cumuler les revenus procurés par cette activité avec leurs pensions de retraite de base et complémentaires, Arrco et Agirc.
Pour y prétendre, il suffit qu’ils aient fait liquider leurs pensions de retraite, de base et complémentaires, auprès de tous les régimes auxquels ils ont été affiliés au cours de leur carrière en France comme à l’étranger et que ces retraites aient été liquidées à taux plein (à l’exception de la part des droits acquis auprès de l’Agirc au titre de la tranche C, qui est obligatoirement liquidée à taux minoré avant 65 ans).
Autrement dit, dès 60 ans s’ils ont la durée d’assurance requise pour bénéficier d’une retraite à taux plein, ou à 65 ans quelle que soit leur durée d’assurance, ils peuvent faire liquider leur retraite et reprendre une activité rémunérée dès le lendemain.
A condition d’avoir effectivement cessé leur activité précédente ; ce qui signifie lorsqu’ils reprennent une activité chez leur dernier employeur qu’ils doivent rompre leur contrat de travail et en signer un nouveau. Cette reprise, s’il s’agit d’une activité relevant du même régime de retraite, ne leur permet pas d’acquérir de nouveaux droits à retraite, ni auprès du régime général, ni auprès des régimes complémentaires, alors même qu’ils vont continuer à cotiser auprès de l’ensemble de ces régimes (depuis le 1er juillet 2009 pour les régimes complémentaires).
Leur retraite est liquidée une bonne fois pour toutes. Mais quel que soit son montant et celui des revenus procurés par leur nouvelle activité, ils peuvent cumuler les deux sans restriction aussi longtemps qu’ils continuent à travailler.
« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »
En choisissant de repousser la date de leur départ en retraite pour bénéficier de la surcote, les assurés font le choix d’améliorer leur retraite future en se constituant en quelque sorte un droit viager supplémentaire, liquidable à la date à laquelle ils prendront en définitive leur retraite. Ils font donc un pari sur leur espérance de vie.
En cas de décès « précoce », avant leur départ effectif en retraite ou peu de temps après, ces années de travail supplémentaires auront été pratiquement accomplies en pure perte, même s’il est vrai que le conjoint survivant en profitera de manière indirecte par le biais de la pension de réversion, à condition, s’agissant de la retraite de base, qu’il remplisse la condition de ressources pour y prétendre.
En revanche, en faisant liquider leurs pensions de retraite sans attendre, et en reprenant une activité rémunérée, les assurés peuvent se procurer immédiatement une source de revenus supplémentaire et encaisser au passage leur indemnité de départ ou de mise à la retraite. Pendant la période durant laquelle ils cumulent leur pension de retraite et les revenus de leur nouvelle activité, ce supplément de revenus peut être mis à profit pour se constituer une épargne dans laquelle ils pourront puiser une fois à la retraite.
Certes, ils prennent le risque de voir leur capital s’épuiser au fur et à mesure de leurs retraits, s’ils retirent chaque année davantage que ce qu’il leur rapporte ; mais en contrepartie, le capital non consommé sous forme de retraits reste disponible pour leurs héritiers.
Exemple : reste l’aspect financier que l’on peut illustrer à partir de l’exemple suivant en prenant le cas d’un assuré né en mars 1949, qui a commencé à travailler en 1968. S’il prend sa retraite en 2009, à 60 ans, il peut prétendre à une retraite à taux plein dans la mesure où il totalise 168 trimestres de cotisations.
Son salaire de début de carrière est de 15.000 francs, son salaire de fin de carrière de 65.000 euros, sa rémunération a progressé de manière régulière, il est cadre depuis 1975 et a toujours cotisé auprès de l’Arrco et de l’Agirc au taux maximum.
S’il fait liquider sa retraite en 2009, ses pensions seront calculées de la manière suivante :
Retraite de base : 29.240 euros x 50% = 14.620 euros bruts annuels,
Retraite Arrco : 8.020 x 1,1799 euros = 9.463 euros bruts annuels,
Retraite Agirc : 19.500 x 0,4186 euros = 8.163 euros bruts annuels,
Total retraite brute annuelle : 32.246 euros,
Total retraite nette : 29.780 euros, soit 2.481 euros par mois (après 7,1% de prélèvements sociaux sur la retraite de base et 8,1% sur les retraites complémentaires).
Il décide de poursuivre son activité pour bénéficier de la surcote. S’il prend sa retraite en 2014, les 5 années d’activité supplémentaires lui permettent d’améliorer son salaire annuel moyen, d’obtenir davantage de points dans les régimes complémentaires et de bénéficier d’une surcote de 25%.
Ses pensions seront calculées de la manière suivante :
Retraite de base : (31.180 x 50%) x 1,25 = 19.487 euros bruts annuels,
Retraite Arrco : 8.930 x 1,1799 euros = 10.536 euros bruts annuels,
Retraite Agirc : 23.970 x 0,4186 euros = 10.033 euros bruts annuels,
Total retraite brute annuelle : 40.056 euros,
Total retraite nette : 37.007 euros, soit 3.084 euros par mois (après 7,1% de prélèvements sociaux sur la retraite de base et 8,1% sur les retraites complémentaires).
En optant pour la surcote, il se procure un gain de retraite de 7.227 euros nets par an mais seulement à partir de 65 ans (entre 60 et 65 ans, il ne perçoit que son salaire).
Il fait liquider immédiatement sa retraite et continue à travailler pendant cinq ans. S’il continue à travailler, il va cumuler pendant 5 ans sa retraite avec son salaire, ce qui lui procure un gain net de 148.900 euros (29.780 x5).
Conclusion : si l’on rapporte cette somme au supplément annuel de retraite procurée par la surcote (148.900/7 227 = 20,6), le cumul emploi-retraite apparaît financièrement plus avantageux que la surcote s’il vit pendant 20 ans ou moins, soit jusqu’à 85 ans au maximum. Sachant que l’espérance de vie d’un homme à 60 ans est de 22 ans, ce n’est donc que s’il vit au-delà de son espérance de vie théorique que l’avantage tourne en faveur de la surcote.