La Caisse nationale d'assurance vieillesse chiffre à 870 millions d'euros en 2018 l'impact de l'élargissement du dispositif de départs anticipés aux salariés qui ont commencé à travailler à 17 ans. Cette mesure, incluse dans le projet de réforme des retraites, pourrait évoluer.
Le projet de loi de réforme des retraites, qui est présenté demain en Conseil des ministres, vise à réduire les déficits en repoussant l'âge légal du départ. Mais il comprend aussi quelques mesures « de solidarité » qui, elles, représenteront une dépense supplémentaire pour les régimes de retraite. A commencer par l'élargissement du dispositif de départ anticipé pour les assurés qui ont commencé à travailler très tôt. La Caisse nationale d'assurance-vieillesse (CNAV) vient d'en évaluer précisément l'impact, dans une note soumise à une commission interne.
Ouvert en 2003, le dispositif dit des « carrières longues » permet aujourd'hui des départs à la retraite avant 60 ans pour les salariés qui ont commencé à travailler à 16 ans ou plus jeunes, à condition d'avoir cotisé deux ans de plus que la durée normale (soit 43 ans). Le projet de loi de réforme des retraites prévoit d'élargir l'accès au dispositif aux assurés qui ont commencé à travailler à 17 ans. Cela permettra de compenser, en partie, les effets du report de l'âge légal du départ à 62 ans en 2018.
L'impact de cet élargissement sera puissant dès 2012, prévoit la CNAV, et encore plus en 2013. Cette année-là, plus de 90.000 personnes pourraient partir avant le nouvel âge légal, qui sera alors de 61 ans, presque 20.000 de plus que ce qui se serait produit si on s'était contenté de prolonger la réglementation actuelle (voir graphique). En 2015, 90.000 assurés bénéficieraient du dispositif, soit 25.000 de plus. Cette avancée aura un coût pour le régime général : près de 100 millions d'euros de dépenses supplémentaires dès 2012, 400 millions en 2015 et jusqu'à 870 millions en 2018. Cette année-là, les carrières longues devraient coûter au total près de 1,8 milliard d'euros. La dépense déclinerait par la suite.
Des évolutions possibles
Ces chiffrages sont encore assez incertains, car le projet de loi pourrait évoluer lors de son examen au Parlement, en septembre. Le gouvernement a annoncé qu'il était prêt à accepter des modifications dans trois domaines : la pénibilité, les polypensionnés (personnes qui ont cotisé à plusieurs régimes de retraite) et les carrières longues.
C'est justement sur les carrières longues que l'exécutif pourrait accepter des avancées. Ce dispositif constitue en effet le principal argument du gouvernement face aux critiques des syndicats et de l'opposition, qui jugent la réforme injuste.
Vincent COLLEN