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Retraites : le chef de l'Etat inflexible sur les 62 ans

Retraites : le chef de l'Etat inflexible sur les 62 ans, mais prêt à des concessions en septembre Le projet de loi est présenté ce matin en Conseil des ministres.

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Retraites : le chef de l'Etat inflexible sur les 62 ans
Nicolas Sarkozy exclut de modifier les piliers de la réforme, mais annonce des " contacts " avec les syndicats pour avancer dans trois domaines : la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés. Les députés vont eux aussi modifier le texte la semaine prochaine en commission.

Depuis la journée d'action intersyndicale du 24 juin, la réforme des retraites était passée au second plan, écrasée médiatiquement par l'affaire Bettencourt-Woerth. Elle revient sur le devant de la scène aujourd'hui, avec la présentation du projet de loi en Conseil des ministres ce matin, suivie, dans la foulée, de l'audition du ministre du Travail devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée. Hier, sur France 2, Nicolas Sarkozy a confirmé que ce serait bien Eric Woerth qui mènerait cette réforme de bout en bout, jusqu'au vote du texte par le Parlement " fin octobre ".

Pour le moment, le projet de loi n'a subi aucune modification importante. Le texte du Conseil des ministres est très proche de celui qui a été soumis aux partenaires sociaux le 18 juin. Il est passé de 19 à 33 articles lors de son examen par le Conseil d'Etat, mais il s'agit essentiellement de modifications techniques et juridiques. Les changements importants n'interviendront que plus tard. Le chef de l'Etat a exclu toute modification sur deux piliers de la réforme. D'abord l'âge légal d'ouverture des droits à la retraite, qui passera à 62 ans en 2018. " Nous n'y toucherons pas ", a-t-il dit. Idem pour l'alignement des cotisations des fonctionnaires sur celles des salariés du privé : " C'est une question de justice ". Fin juin, François Fillon avait également écarté toute concession sur l'âge d'obtention d'une pension à taux plein, qui passera de 65 à 67 ans. Le Premier ministre avait aussi confirmé que le relèvement se ferait au rythme de quatre mois par génération (voir graphique). Ces " deux ans de travail en plus " rapporteront " 22 milliards d'euros ", a souligné Nicolas Sarkozy, soit les deux tiers de l'effort financier programmé pour réduire les déficits.

" Contacts " avec les syndicats

C'est sur des points moins centraux que le chef de l'Etat accepte des améliorations : la prise en compte de la pénibilité (lire ci-dessous) - " un droit nouveau ", a-t-il insisté, les départs anticipés pour les assurés qui ont commencé à travailler très jeunes (les " carrières longues ") et la question des polypensionnés, ces assurés qui sont lésés par les modes de calcul des pensions lorsqu'ils ont cotisé à plusieurs régimes de retraite. Ces modifications ne seront pas arrêtées avant l'examen du texte au Parlement en septembre. " Tout l'été, on va travailler ", a dit le chef de l'Etat, annonçant qu'il aurait " des contacts avec les partenaires sociaux " sur ces sujets. Le président n'a rien dévoilé des modifications qu'il pourrait accepter, mais il a d'ores et déjà souligné qu'il ne serait " pas facile " de modifier un texte qui permet d'" équilibrer " les régimes de retraite jusqu'en " 2020 ". Et lancé en direction des syndicats que ce n'était pas " l'importance des manifestations " qui influencerait la réforme.

Moins centrales, ces " mesures de solidarité " sont néanmoins cruciales politiquement, car elles constituent les principaux arguments du gouvernement face à l'opposition et aux syndicats, qui critiquent une réforme injuste. Pourquoi attendre septembre ? " L'exécutif n'a aucun intérêt à lâcher quoi que ce soit actuellement, car cela n'aurait aucun impact en pleine affaire Woerth-Bettencourt et à la veille de la trêve estivale ", analyse un syndicaliste.

L'initiative de Méhaignerie

Mais le gouvernement n'est pas totalement maître du calendrier. Dès la semaine prochaine, la pénibilité et les carrières longues seront en débat lors de l'examen du texte en commission.

Certes, le groupe UMP a annoncé qu'il ne ferait pas de propositions avant le gouvernement sur ces sujets. Mais cela n'empêchera pas les initiatives au sein même de la majorité. A commencer par celle du président de la commission lui-même, Pierre Méhaignerie. " Je présenterai des amendements créant un fonds de dotation qui inciterait les entreprises ou les branches professionnelles à signer des accords de prise en compte de la pénibilité, confie le député UMP. Ce fonds serait financé par les entreprises, par l'Unedic et par la solidarité nationale. L'idée, pour les salariés qui ont des métiers pénibles, serait de développer le temps partiel, le tutorat et, en dernier recours, les départs anticipés. "

Vincent COLLEN avec Derek PERROTTE

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