Retraite: prévisions plus pessimistes en vue de la réforme

Le Conseil d'orientation des retraites prépare de nouvelles prévisions de déficit. Il tiendra compte d'hypothèses de croissance et de chômage moins optimistes qu'en 2010.

Retraite: prévisions plus pessimistes en vue de la réforme

C'est le début d'un chantier qui va durer jusqu'à la fin de l'année. Hier, le Conseil d'orientation des retraites (COR) a commencé son travail d'actualisation des prévisions de déficits pour les régimes de retraite. Le rapport qui en ressortira sera crucial : il servira de base de départ à la concertation avec les partenaires sociaux, en vue de la réforme globale des retraites annoncée mardi par Jean-Marc Ayrault pour l'année prochaine. Les précédentes projections du COR, qui datent de 2010, sont déjà obsolètes, car elles ne tiennent pas compte de l'aggravation de la crise économique survenue l'an dernier.

Trois scénarios

La Direction du Trésor a soumis de nouvelles hypothèses macroéconomiques aux 37 membres du Conseil, une instance de concertation qui réunit représentants des syndicats et du patronat, parlementaires et directeurs d'administrations. Elles vont loin, jusqu'en 2060 - celles de 2010, retenues pour préparer la réforme de Nicolas Sarkozy, s'arrêtaient en 2050. Trois scénarios, plus ou moins optimistes, sont proposés. Pour le court terme, jusqu'en 2017, les prévisions de chômage, de croissance du PIB et de la productivité du travail sont communes. Elles correspondent aux hypothèses retenues par le gouvernement pour ses prévisions du quinquennat : un taux de chômage de 8,4 % en moyenne, une hausse de la productivité limitée à 1,1 % par an, un taux de croissance potentielle du PIB de 1,6 %. En 2010, le COR tablait sur une décrue du chômage dès 2014, qui semble trop optimiste. Et ses prévisions de progression de la productivité étaient bien supérieures : + 1,4 % par an jusqu'en 2013, + 1,8 % à partir de 2014. Au-delà de 2017, deux des trois scénarios proposés par le Trésor sont les mêmes qu'en 2010. " Mais un nouveau scénario plus défavorable a été ajouté pour tenir compte de la possibilité que les gains de productivité aient été durablement amoindris par la crise ", explique le document. Ce scénario pessimiste est basé sur un taux de chômage qui ne descendrait jamais en dessous de 7 % jusqu'en 2060, alors que les deux autres tablent sur un taux de 4,5 % à long terme. Ces nouvelles hypothèses auront un fort impact sur les prévisions de déficit. Plus de chômage et moins de productivité (et donc moins de hausses de salaires), cela signifie moins de cotisations pour les régimes de retraite. Pour actualiser ses prévisions, le COR tiendra aussi compte de nouvelles projections démographiques de l'Insee, et de l'impact des réformes intervenues depuis 2010.

Vincent Collen