Aller au contenu principal
Se connecter

BforMag

Temps de lecture

4 min

Marchés obligataires : une concurrence entre États et corporate ?

2026-10-15

En règle générale, la remontée des taux obligataires est une mauvaise nouvelle pour les actions. Sans compter qu’un phénomène nouveau fait son apparition : ceux qu’on appelle les hyperscalers doivent désormais lever de la dette et entrent en concurrence directe avec les États. 

Si vous ne deviez retenir que 2 infos : 

  • Les causes expliquant la remontée des taux sont multiples. 

  • Parmi elles, il y a une concurrence accrue entre pays et entreprises, notamment dans le secteur de la tech, pour capter l’épargne mondiale. 

Les marchés obligataires sont en pleine ébullition. Ces derniers jours, le rendement de l’obligation à taux fixe française à 10 ans flirte avec les 5 %. Aux États-Unis aussi, on atteint des niveaux records : le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans pourrait franchir la barre symbolique des 6 %. 

Endettement massif 

Comme souvent, ce n’est pas un mais plusieurs raisons qui permettent d’expliquer cette envolée des taux obligataires. Dans beaucoup de pays développés, la dette atteint des niveaux élevés. En août 2026, la dette US a franchi le seuil historique des 40 000 milliards de dollars, soit près de 125 % du PIB américain.  

En France, la dette atteint environ 3 600 milliards d’euros, environ 120 % du PIB. La première cause qui justifie l’envolée des rendements, c’est donc l’augmentation continue de l’endettement de certains pays, conduisant les investisseurs à douter de leur capacité à se réformer et ramener la trajectoire budgétaire sur de bons rails. 

Parallèlement, des pays à la situation budgétaire certes plus favorable mais confrontés à des besoins de relance ou de défense, doivent eux-aussi s’endetter. L’Allemagne devrait ainsi franchir la barre des 200 milliards d'euros d'émissions de dettes en 2030, soit près de 1 000 milliards levés au total en 5 ans. 

Contexte inflationniste 

Il faut également tenir compte du contexte global : la situation des pays seuls ne peut tout expliquer. Le conflit en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz engendrent de fortes tensions sur les prix de l’énergie, faisant peser des risques inflationnistes et poussant certaines banques centrales à remonter leurs taux directeurs. 

On observe même une remontée des taux directeurs dans des pays où l’inflation était devenue quasiment absente : c’est le cas du Japon qui a récemment porté sont taux directeur à 1,25 % en septembre dernier… c’est-à-dire son plus haut niveau depuis 31 ans ! 

Résultat, les investisseurs japonais se désengagent en partie de la dette étrangère pour acheter des obligations japonaises qui redeviennent attractives. « Les investisseurs japonais, longtemps fidèles à la dette française, commencent à réduire leurs positions. », indiquent ainsi Les Échos dans un article du 6 octobre dernier. 

Investissement privé 

L’investissement privé entre également, et de plus en plus, en concurrence avec le financement des États. Les hyperscalers – une terminologie utilisée pour désigner les entreprises, notamment américaines, qui investissent massivement dans l’IA et les data centers (OpenAI, Anthropic, Oracle…) – épuisent progressivement leur trésorerie, auparavant abondante, pour financer leurs investissements dans les infrastructures et les capacités de calcul. Ils doivent désormais lever de la dette pour financer leur programme d’investissement, entrant en concurrence frontale avec les États sur les marchés financiers pour capter l’épargne mondiale. Forcément, les taux s’en ressentent avec des conséquences bien concrètes pour certains secteurs comme les banques, les utilities ou encore l’immobilier. 

Brahim Issad

Publié le 15/10/2026Modifié le 15/10/2026

Nos derniers articles