En Bourse, la santé retrouve la forme (1)

Avec un bond de 15 %, le secteur européen de la santé affiche la meilleure performance boursière depuis le début 2013, après un gain de 12 % en 2012.

Finance : anaylse du secteur santé

Le reflet d’un mouvement de revalorisation boursière qui n’en serait qu’à ses débuts, selon plusieurs observateurs. Car le secteur revient de loin.

Long « de-rating »

Dans les années 1990-2000, le secteur pharmaceutique (plus importante composante de la « santé » avec les équipements médicaux et les services de soins ou de remboursement) se traitait sur des multiples de 30x les résultats – un ratio qui a chuté jusqu’à 7-8x pour certains titres en 2008.

« Le marché n'a plus tenu compte de la génération de free cash flows du secteur et s’est focalisé uniquement sur le risque de perte de brevets. » explique Marie-Hélène Leopold, analyste recherche actions spécialiste du secteur chez Amundi.

Un risque qui s’est matérialisé par des pertes de plusieurs milliards de dollars de recettes pour certains groupes pharmaceutiques. Le cas le plus emblématique étant Lipitor de Pfizer, qui générait 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires. En France, la perte de brevets protégeant Taxotere, Ambien, Lovenox ou Plavix a coûté cher à Sanofi.

Nouveaux managers, nouveau modèle économique

À partir de la seconde moitié des années 2000, une nouvelle génération de managers arrive à la tête de plusieurs laboratoires et remet en question le modèle économique traditionnel : un portefeuille concentré de médicaments générant de forts taux de rentabilité mais plus risqués.

Ces dirigeants ont cherché à « dé-risquer » l’activité en la diversifiant soit en privilégiant les accords de partenariats ou les acquisitions de sociétés de biotechnologie, soit en se tournant vers d’autres activités comme les vaccins, la santé animale, les OTC (médicaments en libre accès) ou les génériques.  Certains groupes, comme Sanofi, font les deux et cherchent en outre des relais de croissance dans les pays émergents.
Selon Marie-Hélène Leopold, cette évolution du business model de ces laboratoires correspondait aussi à une évolution dans la manière de faire de la recherche.

« Au cours des 10 dernières années, l'industrie pharmaceutique a connu un important chamboulement. Pour les maladies chroniques les plus courantes (hypertension, hypercholestérolémie), les laboratoires avaient du mal à trouver des médicaments qui soient aussi ou plus efficaces que ceux découverts dans les années 1990 ou qui aient de moindres effets secondaires. Cela les a conduits à s'intéresser à des classes thérapeutiques plus difficiles en bénéficiant des progrès de la recherche, notamment le développement de la biologie moléculaire. »

Secteur de la santé : un nouveau cycle d’innovation

Le développement de thérapies ciblées - avec le développement de produits biologiques plus précis, souvent associés à des tests de diagnostic spécifiques - a permis de proposer des médicaments plus efficaces, mais pour des populations beaucoup plus ciblées. Les moindres volumes ont été partiellement compensés par des prix de vente souvent plus élevés, et surtout des procédures de validation des autorités sanitaires qui peuvent être très courtes.

L’industrie serait même entrée dans une nouvelle phase de croissance et d’innovation, selon Adeline Salat-Baroux, gérante du fonds Edmond de Rothschild Global Healthcare :

"La phase de pertes de brevets emblématiques des dernières années est quasiment terminée. On observe aujourd'hui plutôt une augmentation du nombre de molécules approuvées qu'une baisse. En outre, compte tenu d'un cycle de recherche/découverte très long (une dizaine d'années en moyenne), le secteur est entré dans un nouveau cycle de croissance, lié notamment aux nouveaux produits biologiques (par exemple, les anticorps monoclonaux*)."

Un exemple parmi d’autres : le Zelboraf, de Roche (cancer de la peau), a été approuvé en 5 mois par la Food and Drugs Administration (FDA). Le test de diagnostic avait été développé et fait l’objet d’une approbation en parallèle par les autorités sanitaires américaines.

 

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**Anticorps produit lors de la fusion d'un lymphoicyte B et une cellule cancéreuse