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Le calendrier de la déclaration 2020 de vos revenus 2019 a été modifié et élargi en raison de la crise sanitaire actuelle. Un point sur les nouveautés de cette déclaration.

Suppression, réduction ou maintien des dividendes, quelle sera la politique de distribution adoptée par les entreprises dont vous êtes actionnaire ?

La saison 2020 du versement des dividendes des entreprises du CAC 40 au titre de l’année 2019 s’annonçait généreuse pour les actionnaires. Mais la crise sanitaire liée au Covid19 a été suivie de recommandations de la part du Gouvernement français qui amènent de nombreuses sociétés à s'adapter à la nouvelle situation financière créée par l'impact économique de la crise. Le Gouvernement a prévenu : dividendes ou soutiens de l’état, les grandes entreprises devront choisir. Suppression pure et simple de toute distribution, réduction ou encore maintien, que sait-on à ce stade en termes d’annonces d’entreprises ?

A noter qu’en raison des nombreux reports de dates d’assemblées générales lors desquelles intervient le vote du montant de dividende proposé par le Conseil d’administration, ces propositions annoncées relatives aux dividendes sont susceptibles de modifications et ne seront confirmées que dans les prochaines semaines.

Dividendes 2020 : les appels du Gouvernement à la solidarité et à la raison

Pour conserver leurs réserves, la première mesure prise généralement par les entreprises est relative au montant du dividende qu’elles allaient verser à leurs actionnaires.

Le gouvernement a demandé aux entreprises publiques de faire preuve de modération en matière de dividendes et a indiqué que les représentants de l’Etat dans les différents conseils d'administration voteraient contre.

Pour les entreprises privées, le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire renvoyait fin mars les dirigeants à leurs responsabilités afin qu’elles agissent de même, précisant : « celles qui ont bénéficié d'aides publiques ne pourront pas distribuer de dividendes à leurs actionnaires cette année ».

En pratique, selon le communiqué de presse du 2 avril relatif au dispositif (annoncé le 27 mars) de soutien de leur trésorerie, les grandes entreprises* ne peuvent demander un report d’échéances fiscales et sociales ou un prêt garanti par l’Etat, qu’à la condition de prendre les engagements suivants :

  • ne pas verser de dividendes en 2020 à leurs actionnaires en France ou à l’étranger (y compris par une distribution d’actions) ;
  • ne pas procéder à des rachats d’actions au cours de l’année 2020.

Par dérogation, les sociétés qui ont pris les mesures ci-dessus avant le 27 mars 2020 ou qui ont une obligation légale de versement de dividendes ne sont pas soumises à cette condition.

Une demande de solidarité relayée par la BCE

Cette question de solidarité se pose dans tous les pays européens où plusieurs entreprises ont déjà annoncé fin mars renoncer à verser des dividendes. La BCE a notamment demandé aux banques placées sous sa supervision de suspendre leurs dividendes et leurs rachats d'actions, jusqu'au 1er octobre 2020 au moins. 

Puis en France, ce fut au tour de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (l’ACPR) d’inviter les établissements de crédit à s’abstenir au moins jusqu’en octobre, de versement des dividendes.

Cette demande de la BCE porte sur les dividendes payés au titre de 2019 et 2020 et sur les rachats d'actions. Pour l’exercice 2019, la grande majorité devrait s'y plier, en amendant les résolutions des AG prévues ou reportées.

Un soutien « relatif » des entreprises

Dès le 29 mars, l'Association française des entreprises privées (Afep) qui représente des grandes entités françaises de dimension mondiale, a demandé aux entreprises concernées par une aide publique en trésorerie de bien appliquer la décision du gouvernement d'interdiction de versement de dividendes en 2020. Elle demandait à celles ayant recours au chômage partiel de réduire leurs dividendes de 20 % alors que le Gouvernement souhaitait au départ une suppression pure et simple en cas de recours au chômage partiel, appelant plus récemment les dirigeants du CAC « à diminuer d’au moins un tiers le versement des dividendes en 2020 ».

L'AFEP vise également les dirigeants mandataires sociaux et leur demande "qu’ils réduisent de 25 % leur rémunération globale de 2020 pour la durée où des salariés de leur entreprise seront en chômage partiel" et recommande de consacrer les sommes non versées à des actions de solidarité nationale en relation avec le Covid-19.

Que décident les entreprises « privées » pour leurs dividendes à verser en 2020 ?

A ce stade, comment ont réagi les entreprises ? Comment ont répondu les banques aux injonctions de leurs régulateurs ?

Du côté des banques, deux acteurs européens, ABN Amro et ING, ont annoncé tout de suite avoir décidé de suivre la recommandation de la BCE de s'abstenir de versement de dividendes ou de rachats d'actions jusqu'au 1er octobre 2020 au moins. Parmi les grandes banques françaises, Natixis, Société Générale et Crédit Agricole SA, suivies de la BNP ont déjà annoncé renoncer au versement de dividende en mai.

Elles proposeront à leur Assemblée Générale la mise en réserve de l'intégralité du résultat de l'exercice 2019, pour se conformer à la recommandation de la Banque Centrale Européenne.

Dans les autres secteurs, de nombreuses entreprises cotées ont souhaité annoncer rapidement leur décision qui impactera les actionnaires. Donnons des exemples : d'Engie, qui suspend son dividende au titre de 2019.

De nombreuses entreprises ont annoncé une diminution voire une disparition pure et simple du dividende promis au titre de 2019. Citons Engie, Airbus, Safran, Hermès (4,55 € au lieu de 5€), JCDecaux, Engie, Veolia, M6, Coface, Bouygues, Icade ou bien encore Dassault Aviation et Michelin (2 € au lieu de 3,85 €). Dans le cas d'Engie, l'Etat se prive ainsi de près de 450 millions d'euros de recette.

Le groupe de services aux collectivités Suez a annoncé mercredi 8 avril réduire d'environ un tiers sa proposition de dividende, à 0,45 euro par action contre 0,65 euro par titre.

De nombreuses sociétés du CAC 40 ont décidé des reports de décision

Les conseils d'administration de Danone ou EssilorLuxottica ont décidé de reporter l'assemblée générale et la décision sur le dividende.

Dans le luxe, pour LVMH, Bernard Arnault, a reporté sa décision au mois de juin alors que Kering a annoncé aussi le report de deux mois, au 23 juin, de son assemblée générale annuelle, sans apporter de précision en matière de dividende.

Les entreprises qui devraient verser leur dividende

Parmi les sociétés du CAC 40 qui ont annoncé le maintien du dividende qui sera proposé par leur conseil d'administration :

  • Total qui a déjà versé 1,7 milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires le mercredi 1er avril (un quart du dividende total annuel puisqu’il s’agit d’un versement trimestriel) et précisé qu'il "ne sollicitera pas le soutien de l'État pour faire face aux difficultés économiques créées par le Covid-19",
  • L'Oréal devrait également maintenir son dividende,
  • Air Liquide a de son côté annoncé le 3 avril qu'il proposera à l’assemblée générale (5 mai 2020), la distribution de son dividende, précisant qu'il n'aura pas recours au chômage partiel,
  • Publicis a annoncé le 19 mars que son conseil de surveillance avait décidé de maintenir le paiement du dividende au titre de l'exercice 2019, mais a ensuite annoncé la suspension de ses objectifs 2020,
  • Dassault systèmes, Legrand et STMicroelectronics ont annoncé un maintien de leur distribution.

A noter que les dirigeants de nombreuses entreprises ont déjà annoncé une réduction de leurs rémunérations en soutien aux salariés touchés par le chômage partiel en raison de l’impact de la crise sanitaire.

*société ou groupe de sociétés employant au moins 5 000 salariés ou dont le chiffre d'affaires consolidé est supérieur à 1,5 milliard d’euros en France

Crédit photo : Getty Images