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Les marchés, qu’ils soient d’actions ou d’obligations, ont continué cet été d’être portés par un environnement jugé plutôt favorable par les investisseurs. Décryptage.

10 septembre 2020

Amundi Asset Management

Les marchés, qu’ils soient d’actions ou d’obligations, ont continué cet été d’être portés par un environnement jugé plutôt favorable par les investisseurs. Toutefois, la montée des risques géopolitiques pourrait entraver cette dynamique favorable. Quels sont les principaux points à retenir pour ces deux derniers mois ? Quelles sont les perspectives pour les prochaines semaines ?

Bonjour et bienvenue dans ce point marché du mois de septembre.

Depuis le dernier point marchés du début du mois de juillet, plusieurs évolutions sont à noter. D’abord, on observe que les marchés d’actifs risqués, que ce soit les marchés d’actions ou les marchés des obligations d’entreprises, ont continué d’être portés par un environnement jugé plutôt favorable par les investisseurs. L’épidémie de covid-19 aux Etats-Unis et à l’échelle mondiale a tendance à refluer. Ce n’est pas le cas en Europe, on reviendra sur ce point, mais c’est facteur vrai aux Etats-Unis. On voit en Europe que les politiques économiques et budgétaires sont plutôt étendues dans le temps donc les mesures de soutien sont étendues dans le temps.

Sur le plan microéconomique, on voit des entreprises qui ont publié des résultats qui sont meilleurs que ce qui avait été anticipé. Et puis il y a un facteur commun derrière la performance positive de l’ensemble des actifs risqués, c’est que les taux d’intérêt réels (taux d'intérêt affiché sous déduction du taux d'inflation et des primes de risques) ont continué de se replier, notamment aux Etats-Unis durant cet été.

Sur le plan politique (de la politique budgétaire et de la politique monétaire), il y a deux grandes nouvelles depuis le début du mois de juillet. D’abord, le fonds de relance européen sur lequel les Européens ont fini par s’entendre à la fin du mois de juillet et qui change la donne en matière de politique budgétaire et de facteurs de soutien de l’investissement à moyen terme en Europe et puis les Banques centrales qui continuent de communiquer sur des conditions monétaires qui vont rester accommodantes pendant encore très longtemps. C’est vrai du côté de la Banque centrale européenne, c’est vrai du côté de la Réserve fédérale américaine.

Les facteurs qui ont réellement changé sont moins sur le plan conjoncturel que sur le plan politique puisqu’on voit une détérioration de l’environnement géopolitique à l’échelle mondiale, notamment dans certains grands pays émergents. On citera, par exemple, la Turquie dont la position est très dégradée sur le plan macro-financier et où l’on vu les tensions s’envenimer avec la Grèce durant l’été sur fond d’exploitation des gisements de gaz en Mer Méditerranée. Vous avez la situation politique en Biélorussie qui s’est très nettement dégradée. Vous avez l’évolution au Liban pour ne citer que ces pays. Et puis vous avez au sein de l’Union européenne le débat sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le fameux "Brexit". Les négociations s’enlisent entre le gouvernement britannique et les pays de l’Union européenne. Ce sont clairement des facteurs de risque qu’il faut conserver à l’esprit parce qu’à tout moment évidemment, ils peuvent provoquer un repli des actifs risqués.

Sur les marchés, dans ces conditions, on observe plusieurs évolutions. Le marché actions américain a continué d’être porté mais il faut faire très attention car il est essentiellement porté par les grandes valeurs technologiques. D’ailleurs on observe, dans le reste du monde, des évolutions beaucoup moins prononcées du côté des actions. On observe sur le marché des changes un facteur très important : l’euro s’est très nettement apprécié vis-à-vis du dollar. C’est une baisse du dollar assez généralisée que l’on a observée. L’euro s’est apprécié d’à peu près 6% et tangente aujourd’hui les 1,20 dollars. On observe des taux d’intérêt qui sont plutôt restés assez stables sur la période en raison de l’évolution géopolitique depuis le début de l’année et de l’incertitude quant à l’évolution de la pandémie. On a l’or qui a connu une très forte progression. Certes, il a connu un léger repli sur la période récente mais, dans l’ensemble, il a été poussé à la hausse par les facteurs d’incertitude et par le fait que les taux d’intérêt réels sont très faibles.

Vous avez le prix du baril de pétrole qui a continué de monter : le prix du baril de Brent de qualité mer du Nord est aujourd’hui à 45 dollars et traduit bien la poursuite des anticipations de reprise de l’activité économique. Et puis, je l’ai mentionné, des taux d’intérêt qui restent plutôt, dans l’ensemble, ancrés par les politiques des Banques centrales.

A quoi faut-il s’attendre dorénavant sur le plan économique ? Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que les meilleures nouvelles économiques étaient concentrées sur le troisième trimestre et que l’on s’attend, en raison de l’incertitude globale, à ce que tant les ménages que les entreprises continuent de conserver des volants de liquidités ou une partie de leur épargne inchangée parce que l’incertitude globale reste élevée. Et cela pourrait peser sur l’activité économique passé le rattrapage technique que l’on a observé durant l’été. Donc on s’attend quand même à une croissance économique qui sera plus molle, notamment au quatrième trimestre ou au premier trimestre de l’année prochaine.

Sur le plan politique, vous avez un sujet qui va évidemment beaucoup retenir l’attention des investisseurs dans les semaines qui viennent : l’approche des élections américaines. Pour l’heure, les sondages nous montrent que les démocrates et les républicains sont au coude à coude, que ce soit au Sénat ou entre Biden et Trump ; on a des sondages qui ne permettent pas de conclure. Tôt ou tard, dans les semaines qui viennent, les investisseurs vont vouloir se protéger contre la montée des risques.

En définitive, si on essaye de synthétiser les évolutions récentes : des perspectives économiques qui restent engageantes mais fondamentalement où l’on s’attend à une déception sur le front conjoncturel d’ici la fin de l’année ; des marchés qui continuent de profiter mais d’ignorer en grande partie la montée des risques de nature géopolitique. Ceci nous conduit quand même à recommander une allocation d’actifs extrêmement prudente. On ne s’attend pas à ce que les marchés d’actifs risqués continuent de progresser comme ils l’ont fait depuis le début de l’année ou durant l’été. Cela nous semble très improbable. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas des opportunités sectorielles à jouer dans la période qui vient mais il faut s’attendre à des marchés qui soient beaucoup moins portés que sur la période récente et ce, en raison notamment de l’évolution du climat d’incertitude global. Sur le front de la pandémie, on peut simplement donner un élément rassurant.

Il est vrai qu’en Europe, les chiffres montrent que l’épidémie n’est clairement pas sous contrôle. Ceci dit, ce qu’on sait, c’est que les autorités ne devraient pas opter pour un reconfinement général de la population, ce qui signifie qu’en réalité, les mesures de distanciation sociale devraient suffire et on n’aura pas le repli de l’activité économique qu’on a connu, bien sûr, au deuxième trimestre.

Donc, dans l’ensemble, une conjoncture qui va sans doute être un peu moins forte que ce l’on a vu au troisième trimestre, des marchés financiers qui seront sans doute un peu moins portés et des risques géopolitiques qui vont dominer sans doute l’actualité dans les semaines qui viennent et qui nous conduisent à recommander un positionnement très prudent dans les portefeuilles.

Merci pour votre attention et rendez-vous à notre prochain point marchés du mois d’octobre.
 

Crédit photo : Getty images