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Point marchés Amundi - Juillet 2022

Point marchés juillet 2022 avec Monica Defend, Directrice de l’Amundi Institute

Malgré la stabilisation de la plupart des marchés d’actions au mois de mai, l’environnement actuel incertain appelle toujours à la plus grande prudence.

Bonjour et bienvenue à ce Point marchés du mois de juin.

Alors commençons par quelques mots sur les marchés. Les marchés d'actions se sont stabilisés au mois de mai, à l'exception notable des valeurs technologiques américaines. L'indice Nasdaq (indice américain composé de valeurs technologiques) a continué de se replier et est désormais puissamment dans le rouge depuis le début de l'année. Les taux obligataires se sont repliés légèrement sur le mois. On pense notamment aux taux d'intérêt à dix ans sur les titres du Trésor américain, qui avaient, en début de mois, dépassé le seuil des 3% et qui se sont calés sur un niveau de l'ordre de 2,8% en fin de mois. Il y a à cela plusieurs explications : les craintes d'un ralentissement économique à venir, deuxièmement, le fait qu'aux Etats-Unis, l'inflation a probablement atteint son pic et pourrait ralentir dans la deuxième partie de l'année, et dans ces conditions, les investisseurs commencent à se demander si la Réserve fédérale américaine continuera de remonter ses taux d'intérêt aussi vivement dans la deuxième partie de l'année. Dans ces conditions, on a observé un affaiblissement du dollar en fin de mois.

Dans cet environnement de marché, que deviennent les perspectives économiques ?

Il est clair que les pressions stagflationnistes s'intensifient. On a un ralentissement de la conjoncture en Europe et en Chine, et un ralentissement économique qui se profile un peu plus tard aux Etats-Unis. Et on a, de façon parallèle, des taux d'inflation qui vont rester élevés un peu partout.

Du côté de l'Europe, parce qu'il y a des divergences régionales qui sont particulièrement marquées. Du côté de l'Europe, on anticipe une récession technique, c'est-à-dire probablement deux trimestres consécutifs de repli de l'activité économique. En revanche, du côté des Etats-Unis, c'est davantage un tassement de la croissance, en deçà de son rythme potentiel que l’on attend à l’horizon 2023. En ce qui concerne la Chine, nous tablons sur une croissance en moyenne annuelle de l'ordre de 3,5%. C'est un niveau assez inférieur à la prévision officielle du gouvernement, qui a elle-même été revue à la baisse, et ceci s'explique par la politique de confinement dans les grandes villes chinoises qui pèse sur la croissance. On s'attend plus précisément à une contraction de l'activité économique au cours du deuxième trimestre. Ceci dit, compte tenu de la politique économique expansionniste qui a été mise en place, on table également sur un rebond de la croissance assez net au cours du second semestre de cette année.

Du côté de la politique monétaire, les banques centrales se concentrent naturellement sur la lutte contre l'inflation, mais également sur leur communication, et c'est la Banque centrale européenne qui est dans la situation la plus délicate, parce que le conflit entre la Russie et l'Ukraine a des conséquences différentes selon les pays de la zone, et ces pays connaissent également des conjonctures qui sont différentes, des niveaux d'endettement qui ne sont pas les mêmes, et le resserrement des conditions monétaires ne se traduit pas de la même façon dans les économies de la zone euro. Dans ces conditions, la Banque centrale européenne pourrait être contrainte de revoir sa politique monétaire ultérieurement.

Sur les marchés financiers, les anticipations de profits des entreprises nous semblent toujours trop optimistes. On table sur une progression des profits des entreprises américaines de l'ordre de 5% à 9%, et sur une possible récession des profits du côté des entreprises européennes. Dans ces conditions, les Bourses n'ont pas de raisons fondamentales de se reprendre. Nous maintenons une position neutre en matière de risque. Les investisseurs devraient, selon nous, continuer à se diversifier sans augmenter le risque de leur portefeuille. En pratique, cela veut dire rester très prudent sur les actions, et notamment sur les actions européennes. En revanche, on peut être plus positif sur les obligations d'entreprises américaines dont les fondamentaux sont solides et dont le risque de défaut est assez faible.

Enfin, nous maintenons une préférence relative sur les actions américaines, en raison d'un cycle de croissance plus résilient aux Etats-Unis, et surtout de profits des entreprises qui devraient résister dans la période actuelle. En ce qui concerne les actions des économies émergentes, nous sommes plus prudents sur l'Asie en raison des pressions inflationnistes locales, mais aussi de la cherté des marchés. Nous sommes, en revanche, plus optimistes sur les marchés comme ceux des Emirats arabes unis ou de l'Indonésie. Du côté de la Chine, la plupart des mauvaises nouvelles nous semble désormais intégrée dans les cours. Le rebond de la croissance, le desserrement des mesures réglementaires devraient permettre un rebond de la Bourse chinoise dans la deuxième partie de l'année. Enfin, nous sommes également positifs sur le pétrole pour des raisons de diversification, mais également comme instrument de couverture contre les risques géopolitiques. Du côté des obligations, les taux d'intérêt ont atteint un niveau qui pourrait appeler à un recalibrage des allocations d'actifs. Les risques nous semblent désormais symétriques sur les taux d'intérêt obligataires avec, bien sûr, l'inflation qui pourrait pousser les taux d'intérêt à la hausse, mais en revanche, l'incertitude géopolitique, l'incertitude économique pourrait faire baisser les taux d'intérêt. Du côté des obligations d'entreprises, la sélection s'impose. Nous privilégions toujours les segments de qualité et nous faisons particulièrement attention aux obligations des segments les plus fragiles en Europe. Nous maintenons notre exposition aux obligations émergentes en devises fortes pour deux raisons : leur attractivité d'abord, mais également leur exposition aux marchés exportateurs de matières premières. Et enfin du côté du marché des changes, nous maintenons notre exposition au dollar américain, notamment face à l'euro.

Si l'on cherche à résumer à grands traits les évolutions depuis le début de l'année, la montée de l'inflation a d'abord eu un impact sur les taux d'intérêt sur les marchés obligataires, en faisant monter ces taux d'intérêt, puis l'impact s'est matérialisé sur les marchés d'actions, et on a atteint un point où on pourrait connaître une pause, en attendant d'y voir plus clair en matière de perspectives de croissance et d'inflation. Et dans cet environnement incertain, les investisseurs doivent rester prudents et doivent toujours se focaliser sur la protection contre l'inflation. Ceci dit, ils doivent aussi se tenir prêts à saisir des opportunités qui pourraient se matérialiser, car il nous semble que de nombreuses valeurs ont été excessivement décotées dans la phase de correction des marchés.

Merci de votre attention et rendez-vous à notre prochain Point marchés.

Crédit photo : Getty Images