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Point marchés Amundi - Juillet 2022

Point marchés juillet 2022 avec Monica Defend, Directrice de l’Amundi Institute

Au cours des dernières semaines, les motifs d’inquiétude pour les investisseurs demeurent nombreux. Dans cet environnement, la prudence reste plus que jamais de mise.

Bonjour et bienvenue à ce Point marchés du mois de mai.

Alors commençons par quelques éléments de marché. Ce mois-ci, on a vu une assez nette remontée des taux obligataires avec le taux sur les emprunts du Trésor américain qui est remonté à 2,8%. Le taux sur les emprunts d'Etat français à dix ans, qui est, quant à lui, aux alentours de 1,3%. Et les marchés d'actions ont assez nettement baissé à l'échelle mondiale. Cela s'explique évidemment par la remontée des taux d'intérêt et les perspectives de resserrement monétaire, mais aussi par le climat d'incertitude globale. On voit à nouveau des confinements en Chine qui font peser des risques sur la croissance locale et sur le secteur manufacturier mondial. Et puis il y a le conflit entre la Russie et l'Ukraine qui dure, avec des risques d'enlisement. On note toutefois sur les marchés d'actions qu'à l'échelle mondiale, les titres décotés ont très nettement surperformé les valeurs de croissance, et notamment les valeurs du secteur technologique, qui ont beaucoup souffert à l'approche des résultats des entreprises et aussi compte tenu de la forte remontée des taux d'intérêt. Enfin, on notera que sur le marché des changes, le dollar, qui était déjà très nettement surévalué, s'est fortement apprécié dans le courant du mois vis-à-vis du yen, vis-à-vis du renminbi (devise chinoise) mais aussi vis-à-vis de l'euro.

Dans un tout autre registre, sur le plan politique, on retiendra naturellement la victoire d'Emmanuel Macron aux élections présidentielles françaises. Cela ôte un risque non négligeable pour les marchés financiers. Comme vous le savez, cette victoire, il faut la remettre en perspective en raison du faible taux de participation qui est à son plus bas niveau depuis 1969. Et puis d'un écart avec Marine Le Pen qui est évidemment beaucoup plus serré qu'en 2017. Mais, de notre point de vue, c'est avant tout une bonne nouvelle pour l'Europe. Emmanuel Macron a présenté l'élection présidentielle comme un référendum sur l'Europe et donc c'est une promesse implicite d'une intégration économique et financière plus importante et surtout d'une approche commune et concertée à l'échelle européenne sur les grands dossiers de la transition énergétique, de l'indépendance énergétique ou encore de la défense. Et toutes choses, bien sûr, très appréciées par les investisseurs internationaux. C'est un gage de stabilité. L'étape d'après, vous le savez, ce sont les élections législatives qui se dérouleront les 12 et 19 juin prochains. Au début du mois de mai, on aura la nomination du Premier ministre et du gouvernement, qui donnera déjà un premier élément, un premier signal politique sur la possibilité d'un élargissement de la majorité présidentielle à d'autres sensibilités politiques.

Dans ce contexte, quelles sont nos perspectives économiques ? Les pressions stagflationnistes s'accentuent, c'est à dire qu'on voit simultanément une pression à la baisse sur l'activité économique et à la hausse sur les niveaux de prix. Si bien que nous avons revu une nouvelle fois à la baisse nos prévisions de croissance et à la hausse nos prévisions d'inflation. Plus précisément, pour la croissance de la zone euro, nous attendons, désormais en moyenne cette année, 2,3% de croissance, ce qui signifie une croissance très faible jusqu'à la fin de l'année. Du côté des Etats-Unis, l'économie devrait être plus résiliente avec 3,1% de croissance. Et enfin, nous avons revu nettement à la baisse notre prévision de croissance en Chine, à 3,4%, très en deçà de la prévision de croissance officielle des autorités chinoises. Du côté de l'Europe, il faut avoir à l'esprit que l'Europe est particulièrement touchée par les conséquences sur les prix de l'énergie de la guerre en Ukraine, mais également par les nouveaux confinements décidés par les autorités chinoises, qui vont avoir un impact bien évidemment sur la croissance chinoise, mais également sur l'ensemble des chaînes d'approvisionnement et donc, sur le secteur manufacturier mondial, auquel l'économie allemande en particulier, est particulièrement exposée.

Dans cet environnement, quid des banques centrales ? Le ralentissement de la croissance et l'accélération de l'inflation constituent un vrai défi pour la plupart de ces banques centrales. Nous anticipons, du côté de la Réserve fédérale américaine (Fed), qu’elle devrait mener une politique très agressive à court terme en remontant ses taux d'intérêt et devrait porte son principal taux directeur, le taux des fonds fédéraux, à 2,5% d'ici la fin de l'année. La Fed (Banque centrale américaine) fait face à un véritable dilemme : soit elle remonte très agressivement ses taux d'intérêt pour casser l'inflation, quitte à précipiter l'économie américaine assez rapidement en récession, soit elle gagne du temps, laisse la croissance nominale s'installer, augmenter et, quitte à payer plus tard le prix par une récession qui pourrait être beaucoup plus sévère mais plus tardive. Et nous pensons que c'est cette dernière solution que la Réserve fédérale américaine va privilégier. Du côté de la BCE (Banque centrale européenne), la situation n'est pas du tout la même. Elle s'apprête à abandonner ses taux d'intérêt négatifs. Mais nous n'anticipons pas de resserrement monétaire comme aux Etats-Unis, en raison bien sûr, du ralentissement très marqué de la croissance européenne. Enfin, en Chine, avec le ralentissement de la croissance, la banque centrale va continuer son d'accommodation monétaire.

En définitive, quelles sont nos perspectives en matière d'investissement ? Les marchés obligataires ont déjà pris en compte les politiques monétaires attendues du côté des banques centrales. On s'attend à une stabilisation du taux d'intérêt à dix ans aux Etats-Unis au voisinage du niveau actuel. Du côté des obligations d'entreprises, nous sommes devenus particulièrement prudents et enfin, nous sommes un peu plus constructifs sur les obligations des pays émergents, qui devraient bénéficier de la stabilisation attendue des taux d'intérêt à long terme aux Etats-Unis, mais aussi d'une amélioration de l'écart de croissance en faveur des économies émergentes par rapport aux économies avancées. Sur le marché des changes, nous privilégions les devises qui peuvent bénéficier de leur statut de valeur refuge ou qui peuvent bénéficier de la montée des prix des matières premières. Plus précisément, nous privilégions le real brésilien par rapport au dollar américain, le franc suisse par rapport à l'euro, parce que le franc suisse joue le rôle de valeur refuge notamment par rapport au conflit entre la Russie et l'Ukraine. Et enfin, nous privilégions le yen par rapport à l'euro. En matière d'allocation d'actifs, nous continuons de préférer les actions aux obligations d'entreprises. Du côté des actions, la sélection des titres est plus que jamais essentielle. Et ce d'autant, que la saison des résultats des entreprises s'annonce particulièrement compliquée, notamment en Europe par rapport aux Etats-Unis. Nous pensons qu'une combinaison de titres décotés et de valeurs de qualité est le meilleur moyen pour tirer son épingle du jeu. Il existe des opportunités du côté des entreprises dont les profits sont susceptibles de résister au ralentissement économique et qui sont moins sensibles à la remontée des prix et des taux d'intérêt. Ceci dit, la diversification demeure essentielle et nous pensons que l'ajout d'une exposition aux actifs réels permettrait aux investisseurs de mieux naviguer dans cet environnement de marché trouble. En conclusion, les investisseurs doivent se tenir prêts à ajuster leur allocation pour tenir compte des risques d'inflation. Jusqu'à présent, la plupart des ajustements se sont opérés sur les marchés obligataires, et notamment sur les taux d'intérêt de maturité courte. Nous nous attendons à ce qu'il y ait davantage d'ajustements, possiblement sur les taux d'intérêt à long terme, mais surtout aussi sur les marchés d'actions, ceux qui vont souffrir des risques de récession et avec, au premier rang, les marchés d'actions européens. Toutefois, nous sommes convaincus que les divergences de marché offriront plus tard des opportunités pour recalibrer l'exposition aux actifs risqués vers les zones qui sont les plus résilientes.

Merci de votre attention et rendez-vous à notre prochain Point marchés.

Crédit photo : Getty Images