« La volatilité varie en fonction du niveau d’incertitude », entretien avec Olivier Guillou
Manque de visibilité, divergences de points de vue, les épargnants ne savent pas à quel saint se vouer ! Olivier Guillou, directeur de la gestion chez Ecofi, nous fait part de son analyse.
Que retiendriez-vous des derniers mois ?
L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a pu faire croire que l’économie américaine et le dollar allaient rester dynamiques, grâce à la dérégulation, la déréglementation, l’idéologie libertarienne et les réductions d’impôt. Or, il n’en a rien été ! L’environnement a changé, signant la fin de l’exceptionnalisme américain.
Les indices Nasdaq et Standard & Poor’s 500 ont corrigé. La politique économique a aussi été sanctionnée par une baisse du dollar et une hausse des taux d’intérêt. En conséquence, les velléités d’augmenter fortement et unilatéralement les droits de douane ont débouché sur des négociations. Inventé par un éditorialiste du Financial Times, l’acronyme TACO – « Trump Always Chickens Out », soit « Trump se dégonfle toujours » – est assez bien trouvé…
Comment voyez-vous évoluer les marchés ?
Les marchés financiers sont principalement pilotés par les flux de capitaux. Ce dont profite l’Europe, dont la décote boursière par rapport aux Etats-Unis s’est réduite, même si elle reste importante (plus de 20 %). Cela dit, nous ne voyons pas de récession aux Etats-Unis. L’économie fait preuve de résilience. Les indices ont d’ailleurs remonté. Les particuliers soutiennent la cote. Malgré tout, du fait que la nouvelle administration soit plutôt destructrice de valeur, la croissance devrait se ralentir au second semestre.
En Europe, nous tablons sur une croissance annuelle de 1 %, bien qu’il y ait des secteurs en souffrance, comme l’automobile. La Banque centrale européenne a abaissé ses taux de 4 % à 2 %, ce qui est bon pour le crédit et le financement des entreprises. Le programme allemand d’investissements en faveur du militaire et des infrastructures constitue, en outre, un élément positif. S’agissant des anticipations de progression des résultats des sociétés, nous prévoyons 2,6 % pour 2025 et 11 % pour 2026.
Quelle serait l’allocation de portefeuille idéale ?
Afin d’atténuer les chocs de volatilité, préserver le capital et espérer un rendement convenable, il faudrait avoir 50 % d’obligations et 50 % d’actions. Dans la partie obligataire, nous privilégierions les emprunts d’entreprises « investment grade » (les mieux notés) et « high yield » (haut rendement), libellés en diverses devises, plutôt que la dette souveraine.
Dans la partie actions, nous aurions une préférence pour les valeurs européennes de qualité, en arbitrant entre valeurs financières et valeurs non financières (luxe, santé, énergies vertes, défense…), ainsi que pour les valeurs britanniques, mais nous ne délaisserions pas pour autant les technologiques américaines. Nous ferions également une place au Japon. Dans les marchés émergents, nous miserions sur la Chine, qui détient des richesses (métaux rares…), des marges de manœuvre budgétaires et des atouts dans le secteur technologique. Enfin, dans l’actuel contexte géopolitique, il serait pertinent d’être exposé aux matières premières (métaux précieux et métaux de la transition énergétique).
