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Grâce aux banques, les profits de 25 ténors de la cote ayant publié leurs résultats ont grimpé de 24 % en 2013.

23 avril 2015

L'euro fort et la volatilité des devises émergentes ternissent cependant les performances de plusieurs sociétés.

Avec Accor, Capgemini, Danone, Safran, Schneider Electric et Technip hier, près des deux tiers des groupes du CAC 40 ont publié leurs résultats annuels. Premier bilan.

Hausse globale des résultats

« C'est pas si mal ». Le commentaire de Sonia Bonnet Bernard, chez Ricol Lasteyrie, résume bien les premières publications des ténors de la cote. Le résultat net agrégé des 25 sociétés de l'indice à avoir publié leurs comptes 2013 ressort à 46 milliards d'euros, soit une hausse de 24 % par rapport à 2012, selon les données de Ricol Lasteyrie pour « Les Echos ». « La majorité des sociétés ont amélioré leur résultat opérationnel courant », soulignet-elle. Toutefois, la masse des bénéfices masque d'importantes disparités. En excluant les banques, et en particulier Crédit Agricole, qui est passé d'une perte en 2012 à un profit en 2013, les résultats de l'indice vedette reculeraient de 6 %.

Plusieurs des poids lourds ont déçu. Par exemple, Total a enregistré une baisse de 20 % de son résultat net part du groupe, affecté, notamment, par l'envolée des coûts de production. Sanofi a vu son profit reculer de 24 %. BNP Paribas a, lui, été pénalisé par une importante provision au quatrième trimestre.

Des messages de confiance

La plupart des sociétés ont délivré un message positif pour l'avenir. Certes, l'heure est loin d'être à l'euphorie, mais bon nombre de groupes évoquent une amélioration ou se disent « confiants » pour 2014. C'est le cas par exemple d'Air Liquide, Capgemini, Accor, Saint-Gobain, Lafarge, Legrand, ArcelorMittal, L'Oréal, LVMH, Renault etc. « Alors qu'elles avaient tendance par le passé à éviter les prévisions, du fait des fortes incertitudes, elles se sont risquées cette année à en faire, même si elles restent prudentes », reprend Alban Eyssette, chez Ricol Lasteyrie.

Signe positif, les dépréciations, qui avaient atteint des records en 2012, sont restées mesurées, pour l'instant, à l'exception de celle très remarquée de la participation de Bouygues dans Alstom. Alors que de nombreuses sociétés ont averti sur leurs résultats 2013 à l'automne dernier et jusqu'en janvier, les révisions en baisse de perspectives pour 2014 sont limitées, à l'exception notable de Pernod Ricard.

L'euro fort a pesé

En 2013, l'euro s'est apprécié de plus de 4,3 % face au dollar, de plus de 26 % face au yen, mais aussi de 25 % face à la livre turque, de 20 % face au real brésilien ou de 17 % face à la roupie indienne. Un gros handicap pour les entreprises françaises exportatrices. « Une hausse de 10 % de l'euro pèse à hauteur de 3-4 % sur les bénéfices, ce qui signifie que l'appréciation de l'euro a pénalisé les bénéfices de l'Europe à hauteur de 3 % cette année », indique Matthew Garman de Morgan Stanley.

En 2013, la facture se chiffre ainsi à 230 millions d'euros de résultats opérationnels pour Michelin. L'effet de change a pesé à hauteur de 6 % sur le chiffre d'affaires de Lafarge et de 2,7 % sur le chiffre d'affaires de Saint-Gobain. L'euro fort a aussi pénalisé les ventes d'Air Liquide à hauteur de 3,8 %. « Ce serait un bien pour l'économie européenne si l'euro était réajusté à la baisse », reconnaît son PDG, Benoît Potier. Emmanuel Babeau, le directeur financier de Schneider pointe la « surévaluation manifeste de l'euro », mais aussi « la volatilité importante des devises émergentes » qui lui ont coûté 879 millions d'euros en chiffre d'affaires. « L'effet change, en particulier sur les devises émergentes, a pesé sur nombre de sociétés, note Alban Eyssette. Cela explique d'ailleurs la stabilité des chiffres d'affaires - moins 1 % sur les 25 sociétés - alors que les croissances organiques sont meilleures que cela. ».

Le géant chinois ralentit

7,7 % en 2013, 7,5 % anticipé en 2014, la Chine est bien loin des taux de croissance à deux chiffres du début du millénaire. La demande intérieure est loin d'avoir remplacé l'investissement. Ainsi, si Saint-Gobain et Lafarge se disent confiants sur le dynamisme de l'Asie du Sud-Est, le groupe LVMH explique aussi le ralentissement de la croissance de ses ventes par « l'environnement global avec des pays en forte croissance qui ont ralenti, comme la Chine ».

Les ventes de L'Oréal ralentissent aussi en Chine, en Inde et marquent le pas en Corée. Pernod Ricard, de son côté, a vu ses ventes fondre de 18 % en Chine au premier semestre de son exercice et a dû réviser en baisse ses prévisions de résultats opérationnels.

Mais le ralentissement économique n'explique pas toutes les difficultés rencontrées par certains groupes, notamment dans les spiritueux. La politique de lutte contre la corruption avec l'interdiction des « cadeaux ostentatoires » a pesé sur les ventes de whisky et de cognac de Pernod Ricard ou de Rémy Cointreau. « Le marché chinois du cognac est saturé », reconnaît ce dernier. Pour Danone, le marché chinois a été aussi source de désillusion dans le lait pour bébé en raison d'une alerte au botulisme lancée par son fournisseur néo-zélandais Fontera. Par prudence, le groupe a retiré les produits de ce marché. Conséquence : un impact négatif de 300 millions d'euros sur son résultat opérationnel en 2013.
 

Marina Alcaraz et Pierrick Fay, Les Echos